Lundi 27 avril 2009


Article publié dans le numéro 1 de la revue mensuelle du NPA (avril 2009)

 

1. Le développement du sionisme : du Congrès de Bâle à la naissance d’Israël

 

Le 1er Congrès Sioniste se réunit en août 1897, à Bâle. Il consacre la transformation en mouvement politique d’un courant idéologique né en Europe au cours de la 2nde moitié du 19ème Siècle. Face au développement de l’antisémitisme, les sionistes postulent l’impossibilité d’une coexistence entre Juifs et nations européennes et préconisent en conséquence la création d’un Etat juif. Ce courant est très minoritaire chez les Juifs, beaucoup plus attirés par les organisations ouvrières, tel le parti Bund qui regroupe en Europe orientale des centaines de milliers de militants juifs se revendiquant du socialisme.

 

Les résolutions du Congrès de Bâle déterminent les objectifs du mouvement sioniste. Le but est « d’assurer au peuple juif un foyer en Palestine garanti par le droit public ». Pour y parvenir, les délégués recommandent « l’encouragement systématique à la colonisation de la Palestine » et « des démarches (…) afin d’obtenir des gouvernements le consentement nécessaire pour atteindre le but du sionisme ». 

 

Ces 2 recommandations annoncent 2 contradictions qui structureront, et structurent  encore, le conflit entre Israël et le peuple palestinien. La 1ère est la contradiction entre la volonté de créer un Etat juif en Palestine et la présence d’un peuple sur cette terre (il n’y a que 5% de Juifs en Palestine en 1900). La 2nde est la contradiction entre la rhétorique émancipatrice du sionisme et sa communauté d’intérêts avec les pays impérialistes. 

 

Le projet sioniste est un projet colonial qui suscite la désapprobation des autochtones. Il a donc besoin de l’appui des puissances qui dominent la région, notamment de la Grande-Bretagne qui exerce un mandat sur la Palestine après la Première Guerre Mondiale. Ce soutien est affirmé en novembre 1917 par le Ministre Britannique des Affaires étrangères, Lord Balfour, qui déclare que « le Gouvernement de sa Majesté envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un Foyer National pour le peuple juif ».

 

Les Britanniques ont été convaincus par les garanties données par Chaïm Weizmann, dirigeant sioniste résidant à Manchester. Il a repris l’argument de Theodor Herzl, considéré comme le Père fondateur du sionisme, qui écrivait que l’Etat juif serait « l’avant-garde de la civilisation contre la barbarie ». Le 1er gouverneur britannique de Jérusalem déclare au début des années 20 que l’Etat juif sera « un petit Ulster juif loyaliste dans un océan d’arabisme potentiellement hostile ». 

 

Forte de ce soutien, la colonisation s’accélère dans les années 20 et 30. L’allégeance sioniste aux intérêts impérialistes se concrétise en 1936 : lors du 1er soulèvement des Palestiniens contre la colonisation juive et la tutelle britannique, les milices sionistes épaulent l’armée britannique pour écraser une révolte qui menace de prendre une tournure régionale. 

 

La Seconde Guerre Mondiale et le génocide confèrent une légitimité nouvelle au sionisme. De plus, les grandes puissances voient plutôt d’un bon œil la création d’un Etat allié au cœur d’une région fortement déstabilisée par le développement des mouvements anti-coloniaux. En novembre 1947, l’ONU décide d’un partage de la Palestine entre un Etat juif (54% du territoire) et un Etat arabe (46%). 

 

Les Juifs ne représentent alors qu’1/3 de la population. Les dirigeants sionistes vont tout mettre en œuvre pour étendre la superficie de l’Etat juif et pour en expulser les non-Juifs : la colonisation n’ayant pas suffi, il faut en passer par le nettoyage ethnique. Lorsqu’en mai 1948 Israël proclame son indépendance, qui déclenche la 1ère guerre israélo-arabe, 400 000 Palestiniens ont déjà été chassés ; à l’armistice (1949), Israël a conquis 78% de la Palestine et 800 000 Palestiniens sont réfugiés. 
 

 

2. La montée du nationalisme palestinien : de la création de l’OLP à l’Intifada

 

Il faudra attendre près de deux décennies après la création de l’Etat d’Israël pour que les Palestiniens puissent se doter d’une représentation nationale propre et que leur sort ne demeure plus entre les mains des seuls Etats arabes. Après l’armistice de 1949, la Cisjordanie est annexée par la Jordanie tandis que Gaza est sous contrôle de l’Egypte. Ces 2 Etats empêchent l’émergence d’une direction palestinienne autonome et instrumentalisent la cause palestinienne dans le cadre des rivalités inter-arabes.

 

C’est dans ce contexte qu’est fondée en 1964 l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP), une création des Etats arabes, et non un organe dont se seraient dotés les Palestiniens. La charte de l’OLP précise par exemple que l’organisation n’exerce aucune souveraineté sur la Cisjordanie et Gaza. Le nationalisme arabe et le panarabisme sont à leur apogée, et la question palestinienne est pensée dans le seul cadre de la question arabe.

 

Dès 1959, des Palestiniens exilés au Koweït créent le Mouvement National Palestinien de Libération (Fatah). Yasser Arafat, Farouk Kaddumi, Khalil al-Wazir (Abu Jihad) et Salah Khalaf (Abu Iyad) dénoncent la passivité des régimes arabes et revendiquent la « Palestinisation » de la lutte. Le Fatah se développe notamment dans les camps de réfugiés de l’extérieur et à Gaza et décide, en 1965, de se lancer dans des actions armées contre Israël.

 

L’écrasante victoire d’Israël lors de la Guerre des 6 jours en juin 1967 porte un coup fatal au nationalisme arabe et renforce la crédibilité et l’audience du Fatah. Le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP, d’inspiration marxiste, partisan de la lutte armée) est créé en 1967 suite à une scission du Mouvement Nationaliste Arabe (MNA). En mars 1968, le Fatah tient tête à l’armée israélienne à Karameh, en Jordanie, et voit son prestige s’accroître. Au tournant des années 1968-69 les organisations de guérilla, Fatah en tête, prennent le contrôle de l’OLP et Arafat en est élu Secrétaire Général.

 

La cause palestinienne suscite l’adhésion des populations arabes et stimule la contestation des régimes en place, y compris sur les questions sociales et démocratiques. En 1970-71, l’OLP est chassée d’une Jordanie menacée de déstabilisation et s’installe au Liban. Parallèlement le mouvement nationaliste se développe dans les territoires occupés. Une génération militante y émerge durant les années 70 et 80, qui revendique une relative autonomie vis-à-vis de la direction extérieure de l’OLP, tout en reconnaissant sa légitimité. Les factions de gauche (Parti Communiste, FPLP et FDLP, scission du FP) sont proportionnellement plus fortes dans les territoires occupés que dans l’OLP. 

 

Dès les années 70, la direction Arafat s’est résolue à une solution négociée et tente d’acquérir une légitimité sur la scène internationale. Le mouvement se bureaucratise et développe au Liban un appareil de plusieurs milliers de membres que certains considèrent comme un « Etat dans l’Etat ». La direction de l’OLP revendique le monopole de la représentation, refusant de laisser trop d’autonomie à des cadres de l’intérieur plus radicalisés par le combat quotidien contre l’occupation. 

 

La combinaison du développement du nationalisme dans les territoires palestiniens et de la violence de l’occupation israélienne débouche, en décembre 1987, sur une explosion en Cisjordanie et à Gaza : l’Intifada. Toutes les catégories de la population sont impliquées dans un soulèvement qui n’a pas été initié par la direction de l’OLP. Les cadres de l’intérieur participent à la mise en place de structures d’auto-organisation de la lutte, comme le Commandement National Unifié (CNU), direction légitime et reconnue de l’Intifada. L’ensemble des courants politiques, y compris les factions islamiques (Hamas et Jihad islamique), en pleine expansion dans les années 80, participent à l’organisation de l’Intifada.  

 

Manifestations de masse, grève des impôts, mouvements de prisonniers… La résistance est multiforme, populaire et remet la question palestinienne au cœur des débats internationaux. A l’été 1988, le Roi de Jordanie renonce à toute souveraineté sur la rive ouest du Jourdain. En novembre 1988, lors du Conseil National Palestinien d’Alger, l’OLP proclame l’Etat indépendant de Palestine, reconnaît officiellement Israël et exige la tenue d’une conférence internationale. S’appuyant sur un soulèvement qui s’essouffle peu à peu et qu’elle contrôle de plus en plus étroitement, la direction de l’OLP se place comme l’interlocuteur incontournable de toute négociation. Tandis que l’Intifada s’éteint au début des années 90, confrontée à la répression et à l’isolement international, la direction Arafat se consacre exclusivement à la diplomatie. 
 

 

3. Le piège d’Oslo et du « processus de paix »

 

Après la chute de l’URSS, les Etats-Unis, seule superpuissance, entendent imposer un « Nouvel Ordre Mondial », qui implique un « Nouveau Moyen-Orient ». Il s’agit de démontrer l’hégémonie militaire états-unienne (guerre d’Iraq) et son hégémonie diplomatique, via un règlement, au moins en apparence, de la question palestinienne. Les Etats-Unis forcent Israël, chantage financier à l’appui, à négocier.

 

La direction de l’OLP, très affaiblie par le soutien d’Arafat à Saddam Hussein, n’est pas invitée aux négociations qui s’ouvrent en octobre 1991 à Madrid. Les membres de l’OLP qui y participent viennent des territoires occupés. Des contacts secrets sont néanmoins établis entre des proches d’Arafat et des dirigeants israéliens : un 2nd canal de négociations se met en place à Oslo. Le faible niveau d’exigence des négociateurs d’Arafat tranche avec la fermeté des Palestiniens de l’intérieur, ce qui convainc Israël de choisir le canal d’Oslo.

 

Israël estime que la direction Arafat est suffisamment affaiblie mais encore assez légitime pour faire accepter Oslo à la population. Depuis 1967 et l’occupation de toute la Palestine, Israël est confronté à une difficulté car les Palestiniens sont restés et donc sous sa responsabilité : comment préserver simultanément le caractère juif et les prétentions démocratiques d’Israël ? Les Accords d’Oslo, officialisés en septembre 1993, tentent de répondre à ce problème : maintien de l’emprise israélienne sur l’essentiel de la Palestine tout en accordant « l’autonomie » aux zones les plus peuplées. L’Autorité Palestinienne (AP) est créée pour administrer ces zones.

 

L’armée évacue les villes et les camps (« Zones A », moins de 20% de la Cisjordanie et de Gaza) et garde le contrôle du reste des territoires occupés depuis 1967 (« Zones B et C », plus de 80%). Le nombre de colons double entre 1993 et 2000, tandis que l’AP joue essentiellement un rôle de coopération économique et sécuritaire avec Israël. A l’été 2000, le Premier Ministre Barak propose un règlement définitif : fragmentation de la Cisjordanie, domination israélienne sur Jérusalem et négation du droit au retour des réfugiés.

 

Arafat refuse ce plan, conscient qu’il sera rejeté par la population. En septembre 2000, les Palestiniens se soulèvent, exprimant leur colère contre la poursuite de l’occupation et leur défiance vis-à-vis des négociations. La répression est féroce. Arafat, qui a encouragé le soulèvement en espérant se renforcer dans les négociations, est déclaré persona non grata par Bush et Sharon, qui exigent des réformes de l’AP pour donner du poids à des individus plus fiables, tels que Mahmoud Abbas.

 

Après la mort d’Arafat et l’avènement d’Abbas (2005), Israël et les Etats-Unis imposent des élections législatives à l’AP, pour faire émerger un gouvernement prêt à signer une reddition définitive. Mais la population choisit le Hamas, qui s’est développé dans les années 90 et 2000 en alliant critique d’Oslo, soutien matériel aux populations et poursuite de la lutte. Un vote politique et non religieux, pour l’organisation qui incarnait le mieux, aux yeux de la population, la résistance et le refus des compromissions.

 

Depuis, Israël et ses alliés font payer à la population son vote et essaient de neutraliser le Hamas : boycott diplomatique et économique, tentative de renversement du gouvernement en juin 2007, offensives militaires contre Gaza, arrestations de dirigeants et militants du Hamas avec la complicité de l’AP. La récente offensive contre Gaza n’est que le dernier avatar de cette politique.

 

Telle est la logique du « processus de paix » : la « paix » se fera aux conditions d’Israël, l’interlocuteur palestinien devra capituler ou sera liquidé. L’ « autonomie palestinienne » n’était que la poursuite de l’occupation par d’autres moyens. En Palestine, nombre de voix s’élèvent aujourd’hui pour affirmer que l’heure est à la réflexion sur les formes de la lutte et à la reconstruction de la résistance.
 

 

4. Chronologie succincte 

 

Août 1897 : Premier Congrès sioniste.

Novembre 1917 : Déclaration Balfour.

Juillet 1922 : Début du Mandat Britannique sur la Palestine.

1936-1939 : Premier soulèvement palestinien contre la colonisation et la tutelle Britannique.

29 novembre 1947 : Résolution 181 de l’ONU qui consacre le partage de la Palestine.

14 mai 1948 : Déclaration d’indépendance d’Israël, début de la première guerre israélo-arabe

11 décembre 1948 : Résolution 194 de l’ONU, qui affirme « qu’il y a lieu de permettre aux réfugiés [palestiniens] qui le désirent, de rentrer dans leurs foyers le plus tôt possible (…) ».

Juillet 1949 : Fin de la guerre. Israël occupe 78% de la Palestine. Aucun réfugié n’est rentré.

Mai 1964 : Création de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP).

Juin 1967 : Guerre des 6 jours. Israël quadruple sa superficie et contrôle toute la Palestine.

Septembre 1970 : « Septembre noir » : l’armée jordanienne massacre des milliers de combattants palestiniens dans les camps de Jordanie. 

Juin 1982 : Début de l’invasion israélienne du Liban, qui contraindra l’OLP à fuir en Tunisie.

16-17 septembre 1982 : Massacres dans les camps de réfugiés de Sabra et Chatila, au Liban. Les milices chrétiennes alliées d’Israël assassinent 3000 Palestiniens.

9 décembre 1987 : Début de la première Intifada.

13 septembre 1993 : Signature, à Washington, de la « Déclaration de principes », qui débouchera sur les Accords d’Oslo.

29 septembre 2000 : Début de la « Deuxième Intifada ».

11 novembre 2004 : Mort de Yasser Arafat.

Janvier 2005 : Election de Mahmoud Abbas (Abu Mazen).

Janvier 2006 : Victoire du Hamas aux élections législatives.

Juin 2007 : Tentative de renversement du Hamas à Gaza.

Décembre 2008-janvier 2009 : Opération « Plomb durci » contre Gaza. 1300 morts et 5000 blessés.

Par Julien Salingue - Publié dans : Articles divers
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Vendredi 27 mars 2009


Gilbert Achcar, Tareq Arar, Julien Salingue* 

 

En tant que participants au colloque « Israël-Palestine : Etat des lieux », organisé les 6 et 7 avril prochains au CNAM, à Paris, sous la direction d’Esther Benbassa, nous avons été interpellés et le sommes constamment par des personnes s’étonnant de notre participation. Nous avons donc jugé nécessaire de faire connaître notre position.
 

Nous participerons au colloque parce que nous estimons qu’une telle rencontre présente un intérêt majeur quant à l’actualisation des travaux de recherche universitaire traitant de la situation au Proche-Orient, et nous sommes reconnaissants à Esther Benbassa de l’avoir organisé. Nous avons cependant été surpris comme tout le monde, en prenant connaissance du programme définitif du colloque, d’apprendre qu’il sera clôturé par une table ronde – tenue dans un lieu différent : un amphithéâtre à la Sorbonne – à laquelle est convié Sammy Ravel, ministre plénipotentiaire auprès de l’Ambassade d’Israël à Paris.
 

Cette invitation pose à nos yeux un problème majeur : inviter un représentant officiel de l’Etat d’Israël dans un colloque universitaire nous semble aujourd’hui tout à fait inacceptable. Depuis plusieurs années, une campagne initiée par l’ensemble de la société civile palestinienne et soutenue par nombre de pacifistes israéliens demande aux Etats et aux populations du monde entier de rompre tout lien avec les institutions de l’Etat d’Israël, tant que celui-ci continuera de bafouer le droit international. Cette campagne, dite « BDS » (pour Boycott-Désinvestissement-Sanctions), s’inspirant du précédent sud-africain, c’est-à-dire de la campagne internationale de boycott et de sanctions contre le régime de l’apartheid, a pour objectif d’exercer une pression internationale sur l’Etat d’Israël afin qu’il respecte les droits du peuple palestinien. Il ne s’agit évidemment pas de rompre tout lien avec les Israéliens en tant qu’individus, mais seulement avec les institutions israéliennes qui participent à la perpétuation de l’injustice subie par le peuple palestinien.
 

La campagne BDS connaît une actualité toute particulière depuis la récente offensive israélienne criminelle contre la Bande de Gaza. Elle a rencontré depuis lors un écho très élargi. L’Assemblée des mouvements sociaux, réunie lors du Forum social mondial de janvier 2009 à Belém, Brésil, a appelé à « impulser » la campagne BDS et, dans une pétition récente, un grand nombre d’universitaires et de chercheurs en France même se sont engagés « à cesser toute collaboration avec les institutions israéliennes participant à l’occupation », tout en se déclarant « solidaires de ceux qui en Israël luttent courageusement pour les droits humains, sociaux et politiques des Palestiniens ».
 

Il nous semble donc particulièrement malvenu aujourd’hui de convier à un colloque universitaire un diplomate israélien. Il ne s’agit bien sûr pas de refuser le débat contradictoire : nous sommes tout à fait disposés à discuter avec des chercheurs israéliens qui soutiennent la politique de leur gouvernement. Il s’agit uniquement de refuser la présence d’un représentant officiel de l’Etat d’Israël dans une Université, a fortiori au moment où se met en place en Israël un gouvernement d’extrême droite avec pour chef de la diplomatie un raciste notoire.
 

C’est pourquoi, bien que participant au colloque au CNAM, nous déplorons fortement l’invitation d’un ambassadeur d’Israël à la soirée de clôture à la Sorbonne et déclarons que nous n’y assisterons pas.


* Gilbert Achcar est professeur à la School of Oriental and African Studies (SOAS) de l’Université de Londres; Tareq Arar est doctorant à l’Institut français de Géopolitique (IFG-Université Paris VIII) et président de l’Union générale des étudiants palestiniens (GUPS) en France; Julien Salingue est doctorant et enseignant en Science Politique à l'Université Paris VIII.
Par Julien Salingue - Publié dans : Articles divers
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Mardi 10 mars 2009
J'interviendrai dans le cadre du Colloque "Israël-Palestine : Etat des lieux", sous la direction d'Esther Benbassa, organisé au CNAM les 6 et 7 avril prochains.

Plus d'informations sur http://centrealbertobenveniste.org/formail-cab/uploads/ProgrammeIP.pdf 
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Mardi 10 mars 2009
J'animerai une projection-débat le 25 mars prochain à l'Université Paris 8, à partir de 18h, dans le cadre du Festival Printemps Palestine.

Plus d'informations sur http://festivalprintempspalestine.over-blog.com/
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Mardi 10 mars 2009
Je participerai aux "4 heures pour la Palestine" organisées à Vitry-sur-Seine le 15 mars prochain.

Plus d'informations sur http://www.npa94.org/spip.php?article1783 
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Mardi 10 mars 2009
J'animerai une conférence-débat le 12 mars prochain à Lausanne (Suisse).

Plus d'informations sur http://www.labreche.ch/mps/docs/ConfPal03_09.html
Par Julien Salingue - Publié dans : Infos
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Mardi 6 janvier 2009


Offensive israélienne contre Gaza : une mise en perspective
6 janvier 2009

Article publié sur http://contretemps.eu/
 

 

Bombardement de l'Université de Gaza L’offensive israélienne contre Gaza, loin d’être un « coup de sang » causé par un trop grand nombre de tirs de roquettes sur le Sud d’Israël, est une action d’ampleur, préparée de longue date, avec des objectifs politiques et militaires précis. Tout a été envisagé pour que cette opération ne se solde pas par un échec tel que celui de la guerre contre le Liban à l’été 2006. Cette offensive doit être comprise comme une nouvelle étape dans l’intense combat que livre l’Etat d’Israël depuis des décennies contre les droits nationaux du peuple palestinien. C’est ce que je me propose de faire ici, en tentant de mettre en perspective l’opération en cours et d’indiquer pourquoi elle est non seulement la tragique illustration des impasses du projet sioniste, mais aussi de celles de la construction du pseudo-appareil d’Etat nommé « Autorité Palestinienne ».

 


Retour aux sources : le sionisme contre le partage


Un rapide retour aux sources permet d’ordonner l’apparent chaos qui règne actuellement dans l’ancienne Palestine mandataire. L’instabilité permanente dans cette région résulte en effet, en dernière analyse, de l’indépassable contradiction entre le projet sioniste d’établir un Etat juif en Palestine et la présence sur cette terre d’un peuple autochtone refusant d’abandonner ses droits nationaux. De la grande révolte arabe de 1936, provoquée par l’accélération de la colonisation juive, à l’offensive en cours contre Gaza, en passant par la Grande Expulsion de 1947-49 et les prétendus Accords de Paix de 1993-94, c’est cette contradiction essentielle qui demeure le moteur du conflit.


Le projet des dirigeants sionistes n’a jamais été de partager la terre de Palestine. De David Ben Gourion, père fondateur de l’Etat d’Israël (« L’acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie. On ne demande pas à quelqu’un de renoncer à sa vision. Nous accepterons un Etat dans les frontières fixées aujourd’hui ; mais les frontières des aspirations sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter ») à Ehud Olmert, actuel Premier Ministre (« Chaque colline de Samarie et chaque vallée de Judée est partie intégrante de notre patrie historique (…). Nous revendiquons avec fermeté le droit historique du peuple d’Israël à l’entièreté de la terre d’Israël »), la souveraineté israélienne sur l’ensemble de la Palestine du mandat britannique est demeurée l’objectif principal.


Pour y parvenir le mouvement sioniste a eu (et a encore) besoin du soutien des grandes puissances. Mais ce soutien a un prix : l’Etat d’Israël doit avoir, au moins en apparence, les attributs d’une démocratie. Une seconde contradiction a donc rapidement fait son apparition, qui a résulté de la nécessité de préserver simultanément le caractère juif et le caractère démocratique de l’Etat. La solution envisagée par les dirigeants du mouvement sioniste, puis de l’Etat d’Israël, a été de s’assurer que les citoyens de l’Etat soient dans leur très grande majorité, sinon dans leur totalité, des Juifs. Ils ont donc dû trouver, avant même l’indépendance d’Israël en 1948, une solution au « problème » palestinien, sachant que la Palestine n’était pas une « terre sans peuple » et que l’immigration ne pourrait suffire à assurer la suprématie démographique juive.


 

Du nettoyage ethnique à l’enfermement


Entre 1947 et 1949, environ 800 000 Palestiniens, soit 80% de ceux qui résidaient à l’intérieur du territoire sur lequel Israël proclame son indépendance, sont expulsés et deviennent des réfugiés. Ce ne sont pas des victimes « collatérales » de la guerre de 1948, mais les victimes d’un plan d’expulsion minutieusement établi, le Plan Daleth, dont l’objectif était simple : le plus de terre et le moins d’Arabes possible sous juridiction israélienne. L’Etat juif est né du nettoyage ethnique, au terme duquel moins d’1/3 de la population s’est attribué 78% de la superficie de la Palestine du Mandat.


La guerre de 1967 est la seconde étape de la prise de contrôle de la Palestine par Israël. Israël conquiert, entre autres, la Cisjordanie et la Bande de Gaza. Une victoire militaire plus rapide et plus facile qu’en 1947-1949, mais avec une différence notable : la majorité des Palestiniens ne sont pas partis. Le succès militaire crée donc une difficulté politique : Israël abrite désormais en son sein les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, qui s’ajoutent aux Palestiniens de 1948. La prétention de l’Etat d’Israël à être simultanément un Etat juif et démocratique est donc sérieusement menacée.


C’est pour répondre à cette contradiction qu’un Général travailliste, Ygal Allon, présente au Premier Ministre Levi Eshkol, dès juillet 1967, une solution alternative à l’expulsion, qui compromettrait le soutien international dont jouit l’Etat d’Israël. La philosophie du « Plan Allon » est la suivante : renoncer à la souveraineté sur les zones palestiniennes les plus densément peuplées tout en conservant le contrôle exclusif sur la vallée du Jourdain, sur la rive occidentale de la Mer Morte et sur Jérusalem, dont les limites municipales doivent être considérablement étendues. Une entité palestinienne constituée de cantons isolés sera ainsi établie, avec des attributs de souveraineté limités.


Même si le Plan Allon n’est pas officiellement adopté par Israël, c’est lui qui guidera dans les grandes lignes la politique de l’Etat sioniste à partir de l’année 1967. La disposition des colonies, le tracé des routes réservées aux colons, et la fragmentation de la Cisjordanie sont la mise en application concrète des vues d’Allon. Les Accords d’Oslo et la division de la Cisjordanie en Zones A, B et C, en sont directement inspirés. Même le Général Sharon, farouche partisan de l’expulsion des Palestiniens, finira par adopter, en le modifiant, le Plan Allon. C’est le sens du « retrait unilatéral » de Gaza en 2005 qui, loin d’être un « geste de paix », est le choix pragmatique d’abandonner et d'encercler une zone palestinienne trop densément peuplée. La décision de construire le Mur, si elle fut interprétée à juste titre comme la renonciation à l’annexion de l’ensemble de la Cisjordanie, n’est que l’ultime étape de la mise en pratique du Plan Allon et de la cantonisation de la Palestine 1.


 

Oslo et la quête d’un pouvoir autochtone soumis


Loin d’être un compromis historique, les Accords d’Oslo ne sont qu’une adaptation du projet sioniste aux réalités du terrain : l’Intifada de 1987 a exposé au grand jour la situation faite aux Palestiniens des territoires occupés, contribuant à délégitimer l’Etat d’Israël et menaçant de déstabiliser le Moyen-Orient. Le Nouvel Ordre Mondial que Bush père souhaite alors instituer passe nécessairement par une pacification (même provisoire) de la région et donc par un accord israélo-palestinien. Les Israéliens les plus pragmatiques acceptent de « négocier », en réalité d’imposer à une direction de l’OLP à bout de souffle et ruinée financièrement et politiquement des accords essentiellement économiques et sécuritaires : normalisation des relations économiques entre Israël et le monde arabe, sous-traitance des tâches de maintien de l’ordre dans les villes palestiniennes à la nouvelle Autorité Palestinienne (AP) 2.


Si l’AP, sous la direction de Yasser Arafat, tente de s’acquitter au mieux de sa tâche, la poursuite de la colonisation, de la répression, l’impasse des discussions sur Jérusalem et les réfugiés, auxquelles s’ajoutent les pratiques autoritaires, clientélistes, voire mafieuses de la direction palestinienne, vont conduire logiquement à une nouvelle révolte palestinienne en 2000. Arafat et ses proches tentent de contrôler le soulèvement, en sapant les structures auto-organisées et en encourageant la militarisation de la lutte pour ne pas perdre de terrain face au Hamas, afin de renforcer leur position face à Israël et d’obtenir un peu plus que les miettes que les Etats-Uniens et les Israéliens sont prêts à leur donner. C’est ce qui conduira Ariel Sharon à détruire les structures de l’AP et à isoler Arafat, tout en se déclarant, dès 2003, prêt à discuter avec d’autres dirigeants palestiniens hostiles à l’Intifada, comme Mahmoud Abbas.


Israël et les Etats-Unis imposent des réformes à l’AP afin de marginaliser les dirigeants palestiniens les plus liés à l’histoire de la lutte de libération, ainsi que des élections, en 2005 et en 2006, sensées faire émerger un nouveau leadership, encore plus enclin à courber l’échine. Avec le résultat que l’on connaît : une véritable Intifada électorale, la victoire du Hamas, qui est apparu comme « l’autre voie », en alliant soutien matériel à la population (hôpitaux, écoles, aides financières directes…), critique virulente du Processus d’Oslo et poursuite de la résistance contre Israël. Ces élections, expression déformée du refus populaire de la collaboration et de la capitulation, contituent une défaite majeure pour tous ceux qui espéraient imposer aux Palestiniens un pouvoir autoritaire soumis aux intérêts israéliens 3.

 


Du boycott au putsch


Dès les premières semaines qui suivent le vote, un boycott économique, politique et diplomatique se met en place, qui va considérablement renforcer l’isolement international des Palestiniens et aggraver leurs conditions de vie. Ce boycott est organisé conjointement par l’Union européenne, les Etats-Unis, Israël et la plupart des régimes arabes, et sera doublé à l’été 2006 d’une offensive israélienne contre la Bande de Gaza, place-forte du Hamas. Il s’agit d’isoler ce dernier et de le désigner comme responsable de la dégradation de la situation, afin d’encourager la population à se soulever contre lui. Mais la manœuvre échoue puisque la popularité du Hamas, loin de diminuer, a tendance à s’accroître.


Israël et ses alliés passent donc au « Plan B » : renverser militairement le Hamas. Un plan est élaboré à Washington, par le Département d’Etat, la CIA, les services israéliens et la fraction pustchiste de l’AP, dirigée par le député Fatah Mohammad Dahlan, qui bénéficie du soutien du Président Abbas. Il s’agit, en armant et en formant plusieurs centaines d’hommes de Dahlan en Egypte et en Jordanie, en les introduisant progressivement dans la Bande de Gaza et en armant les milices de Dahlan déjà implantées sur place, de renverser militairement le Hamas et de rendre le pouvoir aux « amis » des Etats-Unis et d’Israël. En juin 2007, le Hamas, qui a pressenti la menace, décide de prendre les devants et inflige en à peine 48 heures une défaite aux putschistes qui sont contraints de fuir la Bande de Gaza 4.


Les territoires palestiniens sont alors divisés politiquement : le Hamas assure son emprise sur la Bande de Gaza, assiégée et coupée du monde. Ce contrôle du territoire va s’accompagner de mesures répressives (arrestations, interdiction de journaux…) à l’égard des autres forces politiques et d’un refus de partager le pouvoir, y compris avec les organisations déterminées à poursuivre la résistance. En Cisjordanie, Abbas nomme Salam Fayyad, ancien haut fonctionnaire du FMI et de la Banque Mondiale, Premier Ministre : ils mènent, en échange du retour des aides internationales, une politique alliant normalisation des relations économiques et sécuritaires avec Israël, répression contre le Hamas, désarmement des combattants et purge au sein des appareils de sécurité 5.


Malgré le retour des aides internationales, Abbas et Fayyad ne sont pas en mesure d’imposer les « plans de paix » israéliens à l’ensemble de la population palestinienne, a fortiori à Gaza. Qui plus est, une date butoir approche, que nombre de commentateurs semblent avoir oubliée : le mandat présidentiel d’Abu Mazen prend fin le 9 janvier 2009, et selon les termes de la loi palestinienne, c’est le Président du Conseil Législatif Palestinien qui devient Président de l’AP en l’absence de nouvelles élections. Or le Président du CLP n’est autre qu’Abdel Aziz Duwaik, membre du Hamas, qui pourrait dès lors prétendre être le seul parti représentant légitimement le peuple palestinien.


 

L’offensive contre Gaza


Malgré la bonne volonté dont le Hamas a fait preuve durant la trêve (en ne tirant aucune roquette et en décourageant nombre d’actions militaires des autres organisations, y compris par des arrestations), Israël refuse que le mouvement acquière une trop grande capacité de nuisance, et a donc décidé de passer à l’offensive, avec un timing et des objectifs précis :


Le choix de la date n’est pas anodin : vacance de pouvoir aux Etats-Unis (qui laisse les mains libres à Israël pendant 3 semaines), période de congés pour nombre de journalistes occidentaux (qui ont quitté la Bande de Gaza et qui ne peuvent plus y retourner), campagne électorale en Israël (le duo Livni-Barak tente de prouver qu’il est au moins aussi « dur » que Netanyahu 6) et terme du mandat d’Abu Mazen. La fin du mois de décembre et le début du mois de janvier étaient donc la fenêtre de tir idéale et logique pour Israël.


Mais personne ne peut penser sérieusement que l’Etat sioniste espère détruire politiquement et militairement le Hamas. Il s’agit plutôt de l’affaiblir, pour l’empêcher de contester le pouvoir à Abu Mazen au terme de son mandat et pour renégocier une « trêve » selon des termes fixés par Israël 7, qui pourraient inclure, hypothèse de plus en plus souvent évoquée, l’envoi d’une force internationale sous commandement égyptien chargée de « maintenir le calme » à Gaza, entendre « mettre le Hamas hors d’état de nuire ».


Copyright Mahmoud Al-Hams Derrière les faux prétextes (les tirs de roquettes ont fait moins de 20 morts depuis septembre 2000), le but d’Israël est donc clair : à défaut de pouvoir se débarrasser du peuple palestinien, les dirigeants sionistes peuvent les tolérer dans des cantons isolés, à condition que ces cantons ne soient pas contrôlés par des forces hostiles à Israël. L’offensive actuelle est donc un sanglant « coup de pression » sur le Hamas et sur la population palestinienne : capitulez ou vous connaîtrez l’enfer.


L’offensive contre Gaza se situe donc dans la continuité des politiques israéliennes depuis plus de 60 ans : il s’agit de démontrer au peuple palestinien et à leurs dirigeants que s’ils sont tolérés dans des réserves entourées de murs, ils ne peuvent espérer obtenir davantage. Il s’agit de rappeler que c’est Israël qui fixe les règles du jeu, qui choisit les dirigeants, qui assassine ou menace de mort ceux qui ne sont pas assez conciliants, qui arme et désarme les forces de sécurité selon son bon vouloir, qui ouvre et ferme les portes d’entrée des cantons.


 

Un retour aux contradictions fondamentales


La Bande de Gaza est très majoritairement peuplée de familles de réfugiés qui ont été expulsés de leur terre en 1947-49. Ce petit bout de terre, berceau de la Première Intifada, bastion de la résistance armée, est un miroir qui renvoie l’image de la véritable nature et les contradictions inhérentes au projet d’établissement d’un Etat juif en Palestine : l’expulsion, la répression et l’enfermement, consubstantielles à l’établissement et à la survie de l’Etat d’Israël ne peuvent faire disparaître un peuple et ses aspirations. Des opérations comme celle menée actuellement contre la Bande de Gaza sont l’expression de la nécessaire fuite en avant d’Israël face à ses contradictions : Israël est né de la négation des droits du peuple palestinien et ne peut dès lors survivre qu’en continuant de les nier, chaque jour davantage, jalonnant son avenir d’autant de bombes à retardement qui, tôt ou tard, exploseront 8.


Depuis sa victoire électorale, une fraction significative de la direction du Hamas semblait prête à faire preuve de sa « bonne volonté » et de sa capacité à réussir là où l’AP avait échoué : contrôler les zones palestiniennes et faire respecter une trêve malgré la poursuite du siège et de la colonisation. Ceux qui se prenaient à rêver de diriger les futurs bantoustans palestiniens en sont pour leurs frais : Israël ne partagera pas le pouvoir avec un mouvement ou des individus qui ont la moindre velléité de poursuivre la lutte contre l’oppression coloniale. Les premières déclarations d’Abu Mazen sont à ce titre exemplaires : il a pointé les responsabilités du Hamas dans l’offensive israélienne à Gaza, à l’image du clan Hariri lors de la guerre au Liban en 2006, qui avait accusé le Hezbollah d’être responsable de la guerre israélienne. L’AP et le Fatah ont tenté d’encadrer et de canaliser les manifestations de solidarité avec Gaza organisées en Cisjordanie, n’hésitant pas à empêcher les manifestants de marcher en direction des positions de l’armée israélienne et multipliant les arrestations. Quitte à se délégitimer encore un peu plus 9.


L’AP est une structure qui a été conçue, lors des Accords d’Oslo, pour neutraliser la résistance et la population palestiniennes, et pour donner l’illusion d’une autonomie et d’interlocuteurs légitimes pour « négocier ». La création de l’AP est une vaine tentative du mouvement sioniste de résoudre la contradiction entre l’existence de l’Etat juif et la présence des Palestiniens. Ceux qui ont cru, comme le Hamas, pouvoir transformer l’AP « de l’intérieur », savent désormais ce qu’il en est : le problème n’était pas tant celui d’individus peu scrupuleux et enclins à la collaboration que celui d’une pseudo-autonomie qui n’est que la poursuite de l’occupation par d’autres moyens. Nombre de voix lucides en Palestine s’élèvent aujourd’hui : l’heure est la reconstruction de la résistance (création de structures militantes unitaires à la base, d’un commandement unifié de la lutte, de syndicats indépendants de l’AP, de coopératives agricoles, de comités de village…) et non à la lutte stérile pour le contrôle d’un pseudo-appareil d’Etat prêt à signer un accord entérinant la cantonisation et voué à n’être qu’un sous-traitant des basses œuvres de l’armée israélienne, ou à être liquidé s’il ose revendiquer des droits pour les Palestiniens.



Notes


1 Plus de détails sur le processus de cantonisation de la Palestine dans « La fin du mythe de l’Etat palestinien indépendant » sur http://juliensalingue.over-blog.com/article-19921618.html

2 Cf. « Retour sur… Les Accords d’Oslo » sur http://juliensalingue.over-blog.com/article-18896867.html

4 Sur la tentative de putsch, cf. « Comment les Etats-Unis ont organisé une tentative de putsch contre le Hamas » sur http://juliensalingue.over-blog.com/article-19456849.html

5 On pourra se reporter ici à « L’échec programmé du plan silence contre nourriture : où va le gouvernement de Salam Fayyad ? » sur http://juliensalingue.over-blog.com/article-20129960.html 

6 Voir notamment Jonathan Cook, « Israeli electioneering with bombs », Electronic Intifada, 30 décembre 2008, sur http://electronicintifada.net/v2/article10074.shtml et Neve Gordon, « What, Exactly, is Israel’s Mission ? », Couterpunch, 29 décembre 2008, sur http://www.counterpunch.org/gordon12292008.html

7 Voir notamment Barak Ravid, « Shin Bet Chief : Hamas has eased its demands for truce with Israel », Haaretz, 4 janvier 2009, sur http://www.haaretz.com/hasen/spages/1052549.html

8 Voir Oren Ben-Dor, « The Self-Defense of Suicide », Counterpunch, 1er janvier 2009, sur http://www.counterpunch.org/dor01012009.html

9 Voir Tobias Buck, « Abbas risks becoming biggest political casualty », Financial Times, 30 décembre 2008, sur http://www.ft.com/cms/s/0/ca86af50-d69e-11dd-9bf7-000077b07658.html

 

 

Par Julien Salingue - Publié dans : Articles d'analyse
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Mardi 25 novembre 2008


J'animerai jeudi 27 novembre une projection-débat traitant de la situation dans les territoires palestiniens.

RDV à partir de 19h au Cinéma la Clef, 21 rue de la Clef, Paris 5ème (Métro Censier-Daubenton). 

Plus d'information sur http://www.france-palestine.org/article10285.html

Par Julien Salingue - Publié dans : Infos
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Vendredi 3 octobre 2008
Cet exposé a pour objet d’essayer de saisir les dynamiques actuelles dans les territoires palestiniens, du point de vue du projet sioniste mais aussi et surtout de celui de la société et des forces politiques palestiniennes, et donc de comprendre ce qui se passe en Palestine pour mieux pouvoir agir. 2008 marque le soixantième anniversaire de la création de l’Etat d’Israël. Je reviendrai donc dans un premier temps sur les événements de 1948, révélateurs de la vraie nature et du sens du projet sioniste, et fondateurs de la lutte du peuple palestinien. Il sera impossible ici de couvrir les 60 années qui se sont écoulées depuis. J’ai donc choisi de m’attarder, dans un second temps, sur un moment révélateur, la victoire électorale du Hamas en janvier 2006, son sens et ses conséquences. Enfin, je tenterai de donner des éléments de réflexion quant à la situation de la « résistance palestinienne », tant du point de vue des conditions concrètes dans lesquelles les Palestiniens tentent de résister que des initiatives actuellement prises dans les territoires occupés.

David Ben Gourion I) Le vrai visage du projet sioniste et les fondements de la question palestinienne : 1948

1) Un projet colonial et raciste

Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance de l’Etat d’Israël, quasi-immédiatement reconnu par les puissances impérialistes. La « Communauté internationale » confère ainsi, de manière décisive, une légitimité à un projet colonial et raciste, le projet sioniste d’établissement d’un Etat juif en terre de Palestine, auparavant sous mandat britannique.

Un projet colonial car il repose sur l’implantation d’une population très majoritairement européenne sur une terre arabe. En 1948, les Arabes palestiniens représentent plus des 2/3 de la population de la Palestine mandataire.

Un projet raciste car il opère une stricte distinction entre Juifs et non-Juifs, la judéité étant le critère déterminant de la citoyenneté et de la pleine jouissance des droits politiques, économiques et sociaux dans l’Etat d’Israël.

2) Nettoyage ethnique

Il existe une contradiction essentielle dans le projet sioniste : la Palestine est une terre majoritairement peuplée d’Arabes non-juifs et l’Etat d’Israël devra, pour bénéficier du soutien international, préserver les apparences d’une démocratie. La seule solution, pour les dirigeants sionistes, qui souhaitent intégrer à l’Etat juif le plus de territoire possible, est donc de chasser les Palestiniens de leur terre. Ils pourront ainsi affirmer qu’Israël est un « Etat juif et démocratique », malgré l’apparente contradiction dans les termes.

Entre 1947 et 1949, plus de 800 000 Palestiniens, soit 80% de ceux qui résidaient à l’intérieur du territoire sur lequel Israël proclame son indépendance, sont expulsés et deviennent des réfugiés. Ce ne sont pas des victimes « collatérales » de la guerre de 1948, mais les victimes d’un plan d’expulsion minutieusement établi, le Plan Daleth, dont l’objectif était simple : le plus de terre et le moins d’Arabes possible sous juridiction israélienne.

L’Etat juif était né, non pas d’un miracle, comme l’a encore récemment déclaré le Premier Ministre britannique Gordon Brown, mais du nettoyage ethnique, au terme duquel moins d’1/3 de la population s’attribue 78% de la superficie de la Palestine du Mandat. Pour les Palestiniens, c’est la Nakba, la Catastrophe, moment fondateur de leur lutte d’émancipation nationale. Le peuple palestinien est aujourd’hui encore très largement un peuple de réfugiés : selon les dernières statistiques, 7 millions sur une population totale de 10 millions, soit 70% d’entre eux.

3) Israël, au service des puissances impériales

Israël se construit une double légitimité, idéologique et politique, qui va progressivement conduire l’ensemble des grandes puissances à soutenir de façon quasi-inconditionnelle la politique expansionniste et guerrière de l’Etat juif.

- Une légitimité idéologique : les dirigeants sionistes, non contents de voler la terre, vont également voler la mémoire. La mémoire du génocide juif et des 6 millions de morts, en installant progressivement l’idée que la constitution de l’Etat d’Israël et l’ensemble de ses décisions politiques ne sont que la conséquence logique et la seule réponse possible aux horreurs perpétrées par les Nazis. Il s’agit de jouer sur la culpabilité européenne tout en ne froissant pas les gouvernements et les populations, la faute commise étant payée par les Palestiniens, pourtant totalement étrangers aux événements tragiques de la deuxième Guerre Mondiale. L’escroquerie intellectuelle est la suivante : l’existence passée des camps de concentration justifie l’existence éternelle des camps de réfugiés.

- Une légitimité politique : dès ses origines le projet sioniste s’est affirmé comme un auxiliaire des puissances impériales. Le père fondateur du sionisme, Theodor Herzl, écrivait dès la fin du 19ème siècle que « l’Etat juif sera[it] un rempart de la civilisation contre la barbarie »… Il n’est guère étonnant dès lors que, dans le contexte post-deuxième Guerre Mondiale, qui est notamment celui du développement des luttes d’émancipation nationale contre les puissances coloniales, ces dernières aient vu d’un œil bienveillant l’implantation d’un Etat ami dans une région aux enjeux économiques et géostratégiques majeurs.

C’est ainsi qu’en 1956, lorsque le dirigeant égyptien Nasser nationalise le Canal de Suez, Israël est partie prenante de l’opération franco-britannique visant à reprendre le contrôle du Canal. Israël s’adapte progressivement aux changements qui s’opèrent dans les rapports de force entre puissances impériales et fait preuve de son allégeance à l’impérialisme qui devient dominant, l’impérialisme états-unien : en juin 1967, l’armée israélienne écrase, lors de la Guerre des 6 jours, les armées arabes et notamment celles de deux adversaires déclarés des Etats-Unis, l’Egypte et la Syrie. Israël porte un coup fatal au nationalisme arabe, qui ne se relèvera jamais de cette défaite, montre son rôle de précieux auxiliaire régional, s’assurant ainsi du soutien quasi-indéfectible des Etats-Unis, tout en conquérant, entre autres, la Cisjordanie et la Bande de Gaza, achevant de la sorte la conquête de l’ensemble de la Palestine

⇒ Trois points essentiels sont à retenir :

-    Le caractère colonial et raciste de l’Etat d’Israël n’est pas accidentel mais structurel : établir un Etat juif sur une terre majoritairement peuplée d’Arabes non-juifs signifie guerres, expulsions, colonisation et répression de tout mouvement d’émancipation nationale.
-    Le fondement de la lutte de libération nationale palestinienne est l’expulsion de 1947-49 : les Palestiniens sont très majoritairement des réfugiés aspirant à revenir sur leurs terres et aucune « solution » à la question palestinienne ne pourra faire  l’impasse sur la revendication du droit au retour. Au contraire, cette revendication est la substance même de la cause palestinienne.
-    Le rôle d’Israël dans le système impérialiste est un rôle fonctionnel : l’Etat juif a, sans discontinuer depuis 60 ans, joué le rôle de sous-traitant des puissances impériales, principalement des Etats-Unis, au Moyen-Orient. Aujourd’hui sa tâche est de neutraliser les deux facteurs qui déstabilisent le plus la région : le peuple palestinien et la résistance libanaise, notamment le Hezbollah. Et demain, l’Iran ?


Ismaïl Haniyah, Premier Ministre Hamas II) La victoire du Hamas lors des élections de janvier 2006 et ses suites : révélateur et accélérateur des dynamiques et des contradictions dans les territoires palestiniens

1) Que signifie, en janvier 2006, la victoire du Hamas aux élections législatives ?

- La défaite logique de la direction sortante de l’Autorité Palestinienne (AP) : le groupe dirigeant de l’AP se compose quasi-exclusivement de cadres de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) exilés à Tunis, qui sont revenus dans les territoires palestiniens en 1994, suite à la signature des Accords d’Oslo. Ils ont une base sociale très limitée et n’ont été acceptés par la population que dans la mesure où ils promettaient la fin de l’occupation et la satisfaction des droits nationaux du peuple palestinien. Mais c’est le contraire qui se passe au cours de la deuxième moitié des années 90 et au début des années 2000 : impasse politique, extension de la colonisation, poursuite de la répression…

Ils multiplient en outre les pratiques autoritaires, s’enrichissent grâce à la corruption et au détournement des aides, développent de véritables réseaux mafieux… et collaborent avec Israël : arrestation de centaines de résistants, dont une partie sont remis aux autorités israéliennes, mais aussi contrats économiques pour le moins « douteux ». C’est ainsi que Jamil Tarifi, plusieurs fois ministre, empoche de juteux bénéfices en construisant les routes reliant les colonies ou qu’Ahmed Qoreï, à une époque Premier Ministre et aujourd’hui encore principal négociateur palestinien, fournit du ciment pour la construction de certaines colonies et même, selon une commission parlementaire palestinienne, pour le Mur.

- La victoire logique du Hamas : ce courant s’est développé et est apparu comme « l’autre voie », en alliant soutien matériel à la population (hôpitaux, écoles, aides financières directes…), critique virulente du Processus d’Oslo et poursuite de la résistance contre Israël. Les organisations de gauche (Front Populaire de Libération de la Palestine, Front Démocratique de Libération de la Palestine, Parti du Peuple Palestinien), considérablement affaiblies par la chute de l’URSS et suivistes, pour ne pas dire opportunistes, vis-à-vis de l’AP et d’Oslo, ne sont pas apparues comme une alternative crédible.

- Le sens du vote de 2006 est clair : il s’est agi d’exprimer un refus de la capitulation et de la collaboration, un refus de se soumettre aux « solutions » parrainées par les impérialistes et une volonté de poursuivre la lutte, par tous les moyens nécessaires, contre l’occupation et pour la satisfaction de l’ensemble des droits du peuple palestinien.

Ce vote est un vote politique et non un vote « religieux ». Le Hamas a été majoritaire dans des zones à forte majorité chrétienne, comme à Béthléem, dans lesquelles on ne peut guère soupçonner la population de souhaiter l’établissement d’un « Etat islamique » ou, pour reprendre une expression en vogue en Israël et dans certaines capitales occidentales, un « Hamastan ». C’est précisément parce que ce vote était un vote politique, une véritable Intifada électorale, que les puissances impérialistes et Israël ont décidé, dès les résultats proclamés, d’en faire payer le prix à la population.

2) Du boycott au putsch

Dès les premières semaines qui suivent le vote, un boycott économique, politique et diplomatique se met en place, qui va considérablement renforcer l’isolement international des Palestiniens et aggraver leurs conditions de vie. Ce boycott est organisé conjointement par l’Union européenne, les Etats-Unis, Israël et la plupart des régimes arabes, et sera doublé à l’été 2006 d’une offensive israélienne contre la Bande de Gaza, place-forte du Hamas. Il s’agit d’isoler ce dernier et de le désigner comme responsable de la dégradation de la situation, afin d’encourager la population à se soulever contre lui. Mais la manœuvre échoue puisque la popularité du Hamas, loin de diminuer, a tendance à s’accroître.

Israël et ses alliés passent donc au « Plan B » : renverser militairement le Hamas en s’appuyant sur une fraction de la direction sortante de l’AP, prête à tout pour revenir aux affaires. Un plan est élaboré à Washington, par le Département d’Etat, la CIA, les services israéliens et la fraction pustchiste de l’AP, dirigé par le député Fatah Mohammad Dahlan, qui bénéficie du soutien implicite du Président Abbas. Il s’agit, en armant et en formant plusieurs centaines d’hommes de Dahlan en Egypte et en Jordanie, en les introduisant progressivement dans la Bande de Gaza et en armant les milices de Dahlan déjà implantées sur place, de renverser militairement le Hamas et de rendre le pouvoir aux « amis » des Etats-Unis et d’Israël. En juin 2007, le Hamas, qui a pressenti la menace, décide de prendre les devants et inflige en à peine 48 heures une défaite aux putschistes qui sont contraints de fuir la Bande de Gaza.

C’est à la lumière de cette tentative de putsch avortée et de ses conséquences immédiates que l’on peut comprendre la situation chaotique que connaissent aujourd’hui les territoires palestiniens.

3) Toujours pas d’Etat mais deux gouvernements

- Débarrassé des milices de Dahlan, le Hamas assure son emprise sur l’ensemble de la Bande de Gaza. Ce contrôle exclusif du territoire va s’accompagner de mesures répressives (arrestations, interdiction de journaux, fermeture de stations de radio…) à l’égard des autres forces politiques et d’un refus de partager le pouvoir, y compris avec les organisations déterminées à poursuivre la résistance. En Cisjordanie le Hamas renonce à se battre pour quelques zones autonomes en réalité sous contrôle israélien, se met en retrait et doit, qui plus est, faire face à la répression conjointe d’Israël et de l’AP. Au début de l’été 2008, les termes de la trêve signée avec Israël semblent indiquer que le Hamas a fait de ce qui pouvait apparaître comme une réponse excessive à la tentative de putsch une véritable orientation : la trêve, et c’est une première, ne concerne que la Bande de Gaza et elle a été négociée par les seuls représentants du Hamas. Décidées à faire respecter le cessez-le-feu, les forces de sécurité du Hamas ont arrêté plusieurs combattants du Jihad ou du FPLP qui, considérant qu’Israël ne tenait pas compte de la trêve, avaient repris les tirs de roquettes.

- Après le putsch avorté de Gaza, le Président Abbas (Abu Mazen) décrète l’état d’urgence et nomme un Cabinet dirigé par Salam Fayyad. Ancien Ministre des Finances, Fayyad a fait une carrière de haut fonctionnaire à la Banque Mondiale et au FMI et bénéficie de la confiance des Etats-Unis et de l’Union européenne. Il avait présenté une liste lors des législatives et obtenu moins de 2% des sièges. Mais l’essentiel n’est pas là : avec le gouvernement Fayyad, les aides économiques reprennent et, à la fin de l’année 2007, ce sont 7 milliards de dollars qui sont promis à l’AP lors d’une conférence à Paris.

Mais ce retour des aides n’est pas sans contrepartie. Les donateurs exigent qu’Abu Mazen et Fayyad participent à la mise en place ce que l’on peut appeler un Plan « silence contre nourriture » : le retour des aides internationales est conditionné au désarmement de la résistance en Cisjordanie et à l’adoption d’un certain nombre de mesures permettant l’adaptation définitive de l’économie palestinienne aux principes du capitalisme néo-libéral et la normalisation totale des relations économiques avec Israël.

Les forces de sécurité sont réformées, les cadres ayant un passé militant sont mis à l’écart ou à la retraite et remplacé par des « professionnels » du maintien de l’ordre, souvent formés par les Etats-Unis, l’Egypte ou la Jordanie, tout comme les milliers de nouvelles recrues chargées de rétablir l’ordre dans les Zones autonomes palestiniennes de Cisjordanie. Des centaines d’arrestations ont lieu, entre autres au cours d’opérations de « restauration de l’ordre » dans des villes comme Jénine ou Naplouse. Le chaos régnait dans ces villes et la population devait faire face à la loi des gangs et des mafias, mais l’AP en a profité pour traquer et arrêter les derniers combattants armés du Jihad, du Hamas ou même du Fatah. La totalité d’entre eux sont aujourd’hui désarmés et/ou en prison.

Sur le plan économique, c’est un véritable Plan d’Ajustement Structurel qui est mis en place : réduction de la dépense publique, privatisations, gel des salaires des fonctionnaires, coupes franches dans les budgets sociaux (pour la période 2008-2010, les budgets « Santé » et « Education » additionnés équivalent au budget « Sécurité »)… Fayyad multiplie en outre les projets économiques conjoints avec Israël (Zones industrielles, projets touristiques…) et accélère la normalisation des relations économiques avec l’occupant, la fin de l’occupation n’étant pas posée comme préalable à la mise en place de ces projets. Cette normalisation des relations est sans aucun doute le prélude à la normalisation des relations économiques d’Israël avec le reste des pays arabes.

⇒ La situation dans les territoires palestiniens est donc doublement contradictoire :

-    Il existe tout d’abord une contradiction majeure entre les aspirations de la population, telles qu’elles se sont exprimées lors des élections de 2006 et telles que chacun peut les entendre dans la rue  palestinienne, et la direction de l’AP, reconnue comme « seule légitime » par les pays occidentaux et par Israël. Tandis que la conquête sioniste se poursuit, avec le siège de Gaza, l’enfermement quasi-achevé des Palestiniens dans des cantons entourés de murs et l’annexion, de fait, de plus de 50% de la Cisjordanie à Israël, Abu Mazen et Fayyad plient doucement l’échine et obéissent quasiment sans protester à Israël et à ses alliés.
-    Il existe également une contradiction entre le « mandat » du Hamas et son orientation effective. Tout indique qu’une fraction significative de la direction du Hamas, socialement identifiable comme membre de la petite bourgeoisie commerçante et intellectuelle, est disposée à trouver sa place au sein des projets états-Uniens pour le Moyen-Orient. Ils tentent en effet de faire preuve de leur bonne volonté, notamment avec la signature et le respect de la trêve, qui n’est pourtant pas respectée par Israël, et de démontrer leur capacité à faire ce que l’AP n’avait pas réussi à faire par le passé : neutraliser la résistance et contrôler les zones incontrôlables pour Israël, comme la Bande de Gaza. Le mouvement Hamas est en pleine évolution, des fissures sont de plus en plus visibles en son sein et si la direction prise est maintenue, nul doute qu’il devra faire face à la colère de la population et d’une partie de sa base. Pour la première fois des dirigeants du Hamas ont critiqué, cet été, la politique du mouvement à Gaza.

III) Dans ces conditions, quelle résistance palestinienne ?

1) Les effets de l’occupation israélienne


- L’isolement de la Bande de Gaza et la fragmentation de la Cisjordanie en plusieurs dizaines d’entités territoriales séparées les unes des autres par des points de contrôle israéliens réduisent considérablement toute activité économique, sociale et politique. Cela confronte tous ceux et toutes celles qui souhaitent, d’une façon ou d’une autre, poursuivre la résistance, à une difficulté majeure : non seulement les situations varient selon les zones autonomes, mais surtout il est de plus en plus difficile, dans ces conditions, de développer un projet  politique « national ». Difficulté pour se déplacer, pour se réunir, pour mener des actions en commun sur l’ensemble du territoire… Autant de facteurs qui handicapent considérablement quiconque tente d’organiser une résistance unifiée sur l’ensemble des territoires palestiniens.

- La répression israélienne se poursuit et s’est même considérablement accentuée au cours de l’année 2008 : les incursions, bombardements, assassinats extra-judiciaires… ont causé plus de morts depuis le début de 2008 qu’au cours des 18 mois précédents. Il y a aujourd’hui en outre près de 12 000 détenus palestiniens dans les prisons israéliennes, et malgré quelques médiatiques libérations ce nombre ne cesse de s’accroître. A titre de comparaison, rapporté au nombre d’habitants, c’est comme s’il y avait en France 200 000 prisonniers politiques…

- L’asphyxie économique conduit la quasi-totalité des habitants des territoires palestiniens à se préoccuper davantage de leur survie que de la lutte d’émancipation : le chômage endémique et la hausse des prix (nombre de produits de première nécessité ont vu leurs prix doubler en l’espace d’un an…) affectent l’ensemble de la société palestinienne et ont pour une conséquence une dichotomie de plus en plus importante entre problématiques du quotidien et lutte de libération nationale, ainsi qu’une montée des idéologies et des comportements individualistes.

- Enfin, cette situation entraîne des dégâts psychologiques majeurs. Prisonniers du quotidien, prisonniers dans leur « Zone autonome », les Palestiniens ont de plus en plus de difficultés à se projeter dans le temps et dans l’espace, ce qui a deux conséquences majeures : un repli sur la ville, le village, le camp, la famille… et l’impossibilité de penser des projets sur le moyen ou le long terme. Des conditions qui pénalisent grandement celles et ceux qui tentent de repenser un projet de libération collectif qui implique nécessairement une vision débarrassée des contingences du quotidien et de toute forme de repli local et/ou familial.

2) Des interrogations majeures, un débat désorganisé

La « Deuxième Intifada » est bien finie. Elle se solde par une défaite majeure, sur le plan militaire, politique et idéologique. Nombre de questions se posent de manière ouverte, qui reposent, de fait, la question nationale palestinienne à la lumière des événements de 1948 et de tout ce qui s'est passé depuis, dans la société et chez nombre de militants et de forces politiques. On pourrait résumer ces interrogations en 5 questions génériques même si le débat n’est pas organisé et clairement formulé, mais plutôt diffus dans l’ensemble des territoires palestiniens :

- Que signifie aujourd’hui la revendication de l’Etat palestinien indépendant aux côtés d’Israël, même à titre transitoire ? La Cisjordanie a été intégrée à Israël, économiquement, politiquement, démographiquement. Dans ces conditions quelle pertinence a la revendication de l’Etat indépendant qui, pour Israël, n’a jamais signifié autre chose que quelques cantons isolés, encerclés par des Murs, sans aucune viabilité ?

- Quelle articulation entre résistance populaire, impliquant l’ensemble de la société palestinienne, le mouvement syndical et associatif, les forces politiques… et résistance armée ?

- Comment réunifier l’ensemble du peuple palestinien ? Le peuple palestinien est en effet fortement divisé : Palestiniens résidant en Israël (1.2 million), en Cisjordanie (2.3 millions), à Gaza (1.4 millions), dans les autres pays arabes (4.8 millions, dont 3.1 millions en Jordanie), division à laquelle s’ajoute celle entre réfugiés (7 millions) et non-réfugiés (3 millions).

- Quel cadre politique pour le Mouvement de libération nationale ? La division du mouvement affaiblit considérablement la lutte et la constitution d’un cadre commun, au-delà de la vieille OLP, posant la question de la résistance et du combat pour l’émancipation, et pas celui de la gestion des Zones autonomes allouées par Israël est, même si ce n’est qu’à un stade relativement peu avancé, ouvertement posée.

- Quels liens développer avec le mouvement de solidarité internationale, afin que cette solidarité soit politique et non caritative, efficace et pas seulement symbolique ? Et comment, notamment, faire reprendre à l’ensemble du mouvement de solidarité le mot d’ordre le plus consensuel dans le mouvement associatif, syndical et politique palestinien, celui du boycott total (économique, politique, diplomatique, académique, culturel…) d’Israël, qui a fait ses preuves lors du combat contre le régime d’Apartheid en Afrique du Sud ?

3) Résister aujourd’hui en Palestine

Le projet sioniste porte en lui la négation et donc la destruction de la société et de l’identité palestiniennes. La défaite de la « Deuxième Intifada », la faillite de l’AP, le cours suivi par le Hamas… réduisent considérablement les marges de manœuvre de ceux qui veulent encore résister, envers et contre tout et tous. Autour, notamment, de militants ou d’anciens militants du FPLP ou du Fatah, nombre d’initiatives sont néanmoins prises, surtout dans les camps de réfugiés, dans lesquels se trouvent ceux qui n’ont rien à gagner à une trêve débouchant sur un accord partiel. Leur objectif est double :

Maintenir, coûte que coûte, les revendications essentielles du peuple palestinien, et notamment celles du droit au retour des réfugiés. Cela passe par l’organisation d’expositions, de rencontres entre les plus jeunes et les anciens, autrefois chassés par les milices sionistes, de manifestations de rue… qui visent à transmettre l’héritage et à continuer de rendre visible cette revendication.

Au-delà, il s’agit tout simplement de résister à l’entreprise sioniste de sociocide, en redonnant son sens à l’action collective, en luttant contre les replis individualistes, en maintenant et en reconstruisant l’esprit de résistance dans une période de reflux : associations de femmes, coopératives agricoles, syndicats indépendants de l’AP, comités de familles de prisonniers, comités de village, centres culturels dans les camps de réfugiés… Il s’agit, souvent au-delà des clivages politiques, de pallier la déroute de l’AP et des partis politiques, de sauver ce qui reste à sauver de la société palestinienne et de reconstruire ainsi, progressivement, l’esprit de résistance, mais aussi de préparer les générations futures à la lutte.

Chacun sait en effet que, dans une société où plus de 50% de la population a moins de 15 ans, la réalité aura rapidement raison des promesses de lendemains qui chantent et que ce sont pas les flics de l’AP ou les forces de sécurité du Hamas qui empêcheront une nouvelle génération de se soulever contre ses oppresseurs, israéliens mais aussi, le cas échéant, palestiniens.

Quand cela se produira-t-il ? Nul ne peut le dire précisément. Mais il est certain que la population n’attendra pas la refonte du mouvement national, de son programme et de sa stratégie ou un accord entre les forces palestiniennes pour se révolter à nouveau. C’est en revanche de ces derniers facteurs, ainsi que du succès des initiatives décrites plus haut, que dépendront, en grande partie, le visage et l’issue de ce soulèvement.


Par Julien Salingue - Publié dans : Articles d'analyse
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Vendredi 27 juin 2008

J'animerai le jeudi 10 juillet prochain, à 19h30, une conférence-débat sur la situation dans les territoires palestiniens.

Elle aura lieu à la Librairie Résistances (Paris XVIIème).

Plus de détails sur http://www.librairie-resistances.com/spip.php?article301.
Par Julien Salingue - Publié dans : Infos
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Jeudi 26 juin 2008

Les quatre dimensions de l’oppression des Palestiniens


L’article qui suit est le dernier que je mets en ligne avant mon départ. Je ne tenterai pas ici l’impossible résumé de ces 11 semaines passées dans les territoires palestiniens. Il s’agira plutôt d’essayer de présenter de manière synthétique ce qui constitue selon moi les quatre déclinaisons essentielles de l'oppression israélienne.

Chacun sait que depuis 2002, Israël a entrepris de construire un gigantesque Mur en Cisjordanie. Ce que l’on remarque moins souvent, c’est que ce Mur de Béton n’est pas le seul Mur construit par l’Etat d’Israël, même s’il est le plus visible d’entre tous. Les Palestiniens se heurtent en effet aujourd’hui à quatre Murs, qui leur interdisent de mener une existence digne et de voir leurs droits nationaux satisfaits : un Mur de Fer, un Mur de Barbelés, un Mur de Verre et un Mur de Béton.


Le Mur de Fer : l’armée israélienne

« A part ceux qui ont été virtuellement "aveugles" depuis l'enfance, tous les sionistes modérés ont compris depuis longtemps qu'il n'y a pas le moindre espoir d'obtenir l'accord des Arabes de la Terre d’Israël pour que la "Palestine" devienne un pays avec une majorité juive.(…)
La colonisation sioniste, même la plus limitée, doit soit se terminer, soit être menée à bien au mépris de la volonté de la population autochtone.
Cette colonisation ne peut, par conséquent, continuer et se développer que sous la protection d'une force indépendante de la population locale : un mur de fer que la population autochtone ne pourra pas franchir
» 1.

Ces lignes ont été écrites au début des années 20 par Vladimir Jabotinsky, dirigeant du courant « sioniste révisionniste » duquel seront issus le Likoud et, entre autres, les Premiers Ministres Begin, Shamir ou Sharon. Elles exposent la doctrine du « Mur de Fer » : dans la mesure où les Arabes de Palestine s’opposeront à l’établissement d’un Etat juif sur un territoire dans lequel ils sont largement majoritaires, le mouvement sioniste doit se doter d’une puissante force armée, soutenue par les pays impérialistes, qui favorisera la colonisation et qui, le moment venu, permettra d’imposer le fait accompli aux autochtones.

Malgré la position minoritaire du courant révisionniste dans le mouvement sioniste (dominé par les Travaillistes de Ben Gourion), la doctrine du Mur de Fer fait de nombreux émules et est celle qui, dans les faits, conduit à la création de diverses milices juives armées, les plus célèbres étant la Haganah (créée en 1920), l’Irgoun (1931) et le Groupe Stern (1940). Ces milices terrorisent les habitants arabes et sont responsables du départ forcé de 800 000 d’entre eux au cours des années 1947-1949. C’est le groupe Stern, dirigé par Menahem Begin, qui commet le massacre de Deir Yassine en avril 1948. Après la Déclaration d’indépendance d’Israël, la Haganah constituera l’ossature de l’armée israélienne, « Tsahal », qui absorbera rapidement les autres milices.

Dès les origines de l’Etat d’Israël, la composante militaire a joué un rôle-clé, permettant le nettoyage ethnique indispensable à la constitution d’un Etat juif sur un territoire majoritairement peuplé de non-Juifs. Le Mur de Fer, l’armée, demeure aujourd’hui l’un des piliers fondamentaux de la politique israélienne. La liste des Généraux devenus ministres ou Premiers Ministres est trop longue pour être citée ici. On mentionnera à titre d’exemple le Général Allon, le Général Dayan, le Général Rabin, le Général Sharon, le Général Barak, le Général Ben Eliezer, le Général Zeevi ou le Général Mofaz… Dans l’actuelle Knesset, les Généraux représentent 10% des élus. Et lorsque les Généraux rejoignent la vie politique, ils n’en demeurent pas moins des militaires et leurs décisions et grandes orientations s’en ressentent, comme l’a largement démontré la regrettée Tanya Reinhardt 2.

En outre, « Israël est le seul pays démocratique dans lequel le commandant en chef de l’armée assiste à toutes les réunions du gouvernement » 3. Qui plus est, « Les généraux ont une arme qu’aucun homme politique ne peut se permettre d'ignorer : le contrôle absolu des médias. Presque tous les "correspondants militaires" et les "commentateurs militaires" sont les serviteurs obéissants du commandement en chef, publiant, comme si c’était leur propre opinion, les instructions du chef d’état-major et de ses généraux » 4. Cette mainmise des Généraux sur les médias permet d’entretenir un climat de peur permanente dans un société traversée de contradictions mais au sein de laquelle la crainte de l’agression étrangère et l’unité nationale derrière les opérations militaires jouent un rôle de ciment. Elle légitime en outre un budget militaire faramineux : les dépenses militaires par habitant sont 15 fois plus élevées en Israël qu’aux Etats-Unis. L'armée israélienne est une des plus importantes armées mondiales, elle est de très loin la première force militaire de la région et la seule puissance nucléaire du Moyen-Orient.

Le Mur de Fer voulu par Jabotinsky, entendu comme une puissante force armée jouant un rôle central dans le développement du projet sioniste, soutenue par les pays impérialistes, existe donc bel et bien. Il se matérialise aujourd’hui par l’occupation militaire de la Cisjordanie et l’encerclement de Gaza. Les Palestiniens des territoires occupés en sont les premiers témoins et les premières victimes. Les décisions les concernant, qui ont guidé la politique répressive des autorités d’occupation au cours des 60 dernières années, et leur confrontation quotidienne avec l’armée, sur les checkpoints, lors des incursions ou à l’occasion des milliers de procès devant des tribunaux militaires, sont la tragique illustration de cette première dimension de l’oppression israélienne : imposer par la force le fait accompli sioniste.

La tâche assignée au Mur de Fer, définie par Jabotinsky il y a 85 ans, est plus que jamais d’actualité : « Nous prétendons que le Sionisme est moral et juste. Et puisqu'il est moral et juste, la justice doit être rendue, peu importe que Joseph, Simon, Ivan ou Ahmed soit d'accord ou non » 5.


Le Mur de Barbelés : les Camps de réfugiés
 
« La terre d’Israël est habitée par les Arabes. (…) Nous devons nous préparer à les expulser du pays par la force des armes, tout comme l’ont fait nos pères avec les tribus qui y vivaient, sinon, nous nous trouverons face à un problème, représenté par la présence d’une population d’étrangers, nombreuse, à majorité musulmane, qui se sont habitués à nous mépriser depuis des générations. Aujourd’hui, nous ne représentons que 12% de l’ensemble de la population, et nous ne possédons que 2%, seulement, de la terre » 6 déclarait dès la fin du 19ème Siècle Israel Zengwill, l’un des premiers collaborateurs de Theodor Herzl, considéré comme le « père fondateur » du sionisme. La Palestine n’était pas, contrairement à la formule popularisée par le mouvement sioniste, « une terre sans peuple ». Les sionistes en avaient conscience et ont donc dès le départ envisagé l’expulsion des autochtones afin de permettre la constitution d’un Etat juif.

Le plan de partage de 1947 attribue un peu plus de 55% de la Palestine à l’Etat juif. L’objectif non dissimulé des dirigeants sionistes est la conquête de l’ensemble de la Palestine : « L'acceptation de la partition ne nous engage pas à renoncer à la Cisjordanie. On ne demande pas à quelqu'un de renoncer à sa vision. Nous accepterons un Etat dans les frontières fixées aujourd'hui ; mais les frontières des aspirations sionistes sont les affaires des Juifs et aucun facteur externe ne pourra les limiter » (David Ben Gourion) 7. Mais les Juifs ne représentent qu’un tiers de la population. Le nettoyage ethnique est donc inévitable.

Les travaux des historiens palestiniens, puis des nouveaux historiens israéliens, notamment Ilan Pappe et Benny Morris 8, ont établi que ce sont ainsi environ 800 000 Palestiniens qui ont été chassés de leur terre lors de la grande expulsion de 1947-1949, la « Nakba ». Ils ont en outre démontré que cette expulsion n’était pas un dommage collatéral de la guerre israélo-arabe de 1948 mais qu’elle était le résultat d’un plan précis, le plan Daleth, visant à nettoyer la terre de Palestine du plus grand nombre possible de ses habitants arabes. C’est ainsi que plus de la moitié des 800 000 expulsions ont eu lieu avant le début de la guerre, ce qui invalide la thèse communément répandue des villageois fuyant les combats entre armées arabes et armée israélienne.

Les réfugiés ont-ils tous fui sous la menace directe des milices juives ou certains d’entre eux ont-ils abandonné leurs terres par peur des massacres ? Ceux qui contestent la thèse de l’expulsion font de cette question un enjeu crucial et se réfèrent constamment à d’introuvables enregistrements radios démontrant que les régimes arabes ont appelé les Palestiniens à fuir leurs terres. Au-delà du fait que les travaux historiques les plus récents ont largement démontré le caractère programmé et systématique des expulsions, ce « débat » n’est qu’un contre-feu allumé afin de détourner l’attention d’une vérité historique que personne ne peut contester : quelles que soient les motivations qui ont poussé chacun des réfugiés à s’enfuir, aucun d’entre eux n’a jamais pu retourner sur sa terre.

Il en va de même des centaines de milliers d’autres Palestiniens qui ont rejoint le contingent des réfugiés lors des autres vagues d’expulsion, notamment en juin 1967. Il y a aujourd’hui d’après les chiffres officiels de l’ONU plus de 4.5 millions de réfugiés palestiniens. Il existe 59 camps, pour certains encore entourés de barbelés, à Gaza (8 camps), en Cisjordanie (19), en Jordanie (10), en Syrie (10) et au Liban (12). A ce chiffre s’ajoutent les réfugiés non enregistrés à l’UNRWA. D’après le Palestinian Central Bureau of Statistics (PCBS), il y a aujourd’hui à travers le monde environ 7 millions de réfugiés palestiniens, sur une population totale d’un peu plus de 10 millions.

Plus des 2/3 des Palestiniens sont donc des réfugiés à qui Israël dénie le droit de revenir sur leurs terres. Ce qui faisait dire à Hussam Khadr, membre du Fatah au Camp de Balata, ancien député aujourd’hui emprisonné, que « la cause palestinienne est la cause des réfugiés ». C’est ce qui autorise aussi tout observateur un peu sérieux de la question palestinienne à dire que tout « règlement » faisant l’impasse sur les revendications de la reconnaissance de l’expulsion et du droit au retour est chimérique et/ou malhonnête. Le Mur de Barbelés qui enferme près de 70% du peuple palestinien dans des Camps et dans un statut de réfugiés permanents est le second volet incontournable de l’oppression générée par Israël.
 

Manifestation de Palestiniens de 48 Le Mur de Verre : le statut des Palestiniens de 48

« Il y a des citoyens arabes dans l’Etat d’Israël. C’est notre principal souci. Qu’on en finisse à Gaza. Qu’on en finisse en Judée et en Samarie [en Cisjordanie]. Nous nous retrouverons alors face à notre principal souci » (Gideon Ezra, actuel Ministre israélien de l’Environnement, membre du parti Kadima) 9.

Un troisième Mur enferme la population palestinienne et constitue un aspect souvent sous-estimé ou volontairement négligé de l’oppression israélienne. C’est le « Mur de Verre », pour emprunter une image du journaliste Jonathan Cook, qui enferme les Palestiniens de 1948, les mal-nommés « Arabes israéliens ».

La minorité palestinienne en Israël, estimée à 1.3 millions de membres (soit un peu moins d’1/5ème de la population israélienne), se compose des Palestiniens qui sont demeurés dans les terres conquises par Israël en 1947-1949 et de leurs descendants. La façon dont Israël traite cette minorité et les mesures radicales qu’une grande partie de l’establishment sioniste souhaiterait prendre à son encontre sont révélatrices de l’indépassable contradiction entre la réalisation du projet sioniste d’établissement d’un Etat juif en Palestine et la satisfaction des droits nationaux du peuple palestinien.

Soumis à la loi martiale de 1949 à 1966, les Palestiniens d’Israël jouissent depuis 1967, en théorie, des mêmes droits que tous les Israéliens. En théorie seulement car les discriminations, si elles ne sont plus inscrites dans la loi, persistent et se développent. Du Ministère des Affaires Religieuses qui n’attribue que 2% de son budget aux communautés palestiniennes d’Israël et qui refuse d’accorder des crédits pour les cimetières « non-juifs » aux nombreuses municipalités qui s’abstiennent d’utiliser l’arabe pour la signalisation routière, les cas de discrimination institutionnelle sont légion.

Si l’on y ajoute la discrimination à l’embauche, au logement ou la faiblesse des crédits alloués par l’Etat pour le développement économique et social des villes et villages arabes (54.8 % des Palestiniens de 48 vivent en dessous du seuil de pauvreté contre 20.3 % des Juifs), voire même la non-reconnaissance de l’existence de certains de ces villages, se dessine un système de discriminations paralégales que Jonathan Cook appelle un « Mur de Verre ». Un « Mur de Verre » car, s’il enferme bel et bien les Palestiniens d’Israël dans un statut de sous-citoyens, il demeure invisible et autorise Israël à affirmer être un Etat démocratique et non-discriminatoire.  

Les politiques discriminatoires vis-à-vis des Palestiniens sont souvent assumées par les dirigeants israéliens au nom de l’intérêt supérieur de la construction de l’Etat juif. Ainsi Ariel Sharon affirmait-il en 2002 que tandis que les Juifs jouissent des droits sur la terre d’Israël, les Palestiniens jouissent de droits dans l’Etat d’Israël. On comprend mieux pourquoi la revendication démocratique élémentaire portée par Azmi Bishara, ancien député palestinien à la Knesset, de la transformation d’Israël en un « Etat de tous ses citoyens », inquiète tous ceux qui tentent de dissimuler qu’Israël, loin d’être « juif et démocratique » est plutôt, selon le mot d’un autre député, Ahmed Tibi, « démocratique à l’égard des Juifs et juif à l’égard des Arabes ».
 
Les Palestiniens d’Israël et leurs droits nationaux sont un obstacle à l’édification d’un Etat juif en Palestine. D’où leur enfermement dans un statut de sous-citoyens, constamment accusés de conspiration contre Israël, phénomènes qui se sont accélérés depuis septembre 2000. Si le rêve sioniste d’un « Grand Israël », débarrassé de la population palestinienne, a fait long feu, certains dirigeants israéliens, agitant la menace démographique, n’hésitent pas à comparer les Palestiniens d’Israël à un « cancer » qu’il faut traiter de manière radicale.

Des partisans de l’expulsion massive, représentés notamment par l’ancien vice-Premier Ministre Lieberman, à ceux qui, comme Ehud Olmert, envisagent de se « séparer » des zones arabes les plus densément peuplées (à l’image de ce qui s’est passé avec Gaza et qui risque de se passer avec les cantons de Cisjordanie), il existe un large consensus pour affirmer que l’avenir des Palestiniens d’Israël n’est pas en Israël. De récents chiffres indiquent que 75% des Juifs israéliens sont favorables à un transfert des zones arabes densément peuplées à l’hypothétique « Etat palestinien ».

Le Mur de Verre, qui enferme les Palestiniens de 48 dans une position de citoyens de seconde zone, est la troisième dimension de l’oppression israélienne. Il peut être imperceptible pour qui ne veut pas le voir. Chacun devrait pourtant se demander comment un député israélien (Effie Eitam) a pu récemment déclarer à la Knesset, sans être inquiété par la suite, en s’adressant aux représentants des Palestiniens de 48 : « Un jour, nous vous expulserons de ce bâtiment et de la terre du peuple juif ».


Le Mur de Béton : les Cantons

« Israël est dans l’obligation de mettre un terme aux violations du droit international dont il est l’auteur ; il est tenu de cesser immédiatement les travaux d’édification du mur qu’il est en train de construire dans le territoire palestinien occupé, y compris à l’intérieur et sur le pourtour de Jérusalem-Est, de démanteler immédiatement l’ouvrage situé dans ce territoire et d’abroger immédiatement ou de priver immédiatement d’effet l’ensemble des actes législatifs et réglementaires qui s’y rapportent ». (Avis de la Cour Internationale de Justice, 9 juillet 2004) 10.

Le Mur érigé en Cisjordanie a donc été jugé illégal par la Cour Internationale de Justice. Cela n’empêche pas Israël de poursuivre sa construction et d’espérer l’achever en 2010. A son terme le Mur mesurera près de 800 km. Mur de Béton atteignant parfois 8 m de haut, la prétendue « barrière de sécurité » intégrera de facto environ 45% de la Cisjordanie et 98% des colons à l’Etat d’Israël. Elle découpera « l’Etat palestinien » en trois enclaves isolées qui se sont subdiviseront en 22 plus petites enclaves reliées par des tunnels construits sous les routes réservées aux colons, lesquelles mesureront environ 1250 kilomètres 11. Une partie des 600 checkpoints et barrages qui couvrent aujourd’hui la Cisjordanie disparaîtront, les autres seront maintenus pour contrôler les entrées et les sorties des cantons. Une entité palestinienne auto-administrée verra le jour dans ces cantons, que d’aucuns oseront peut-être encore appeler Etat.

Si le Mur a été construit à partir de 2002, son origine remonte en fait à beaucoup plus loin. Très exactement au 10 juin 1967, lorsque la guerre des 6 jours prend officiellement fin. A son terme Israël a en effet conquis, entre autres, le reste de la Palestine théoriquement partagée en 1947 et exerce son autorité sur la Cisjordanie et la Bande de Gaza. Une victoire militaire plus rapide et plus facile qu’en 1948-1949, mais avec une différence majeure : contrairement à ce qui s’était passé alors, la majorité des Palestiniens ne sont pas partis. Le succès militaire crée donc une difficulté politique pour les dirigeants sionistes : Israël abrite désormais en son sein les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, qui s’ajoutent aux Palestiniens de 1948. La prétention de l’Etat d’Israël à être simultanément un Etat juif et démocratique est donc sérieusement menacée.

C’est pour répondre à cette contradiction qu’un Général travailliste, Ygal Allon, présente au Premier Ministre Levi Eshkol, dès juillet 1967, une solution alternative à l’expulsion, qui compromettrait le soutien international dont jouit l’Etat d’Israël. La philosophie du « Plan Allon » était la suivante : renoncer à la souveraineté sur les zones palestiniennes les plus densément peuplées tout en conservant le contrôle exclusif sur la vallée du Jourdain, sur la rive occidentale de la Mer Morte et sur Jérusalem, dont les limites municipales seraient considérablement étendues. Une entité palestinienne constituée de cantons isolés serait ainsi établie, avec des attributs de souveraineté limités, Allon ne répondant pas à la question de savoir si cette souveraineté serait confiée à des autochtones où à la Jordanie et l’Egypte.

Même si le Plan Allon n’est pas officiellement adopté par le pouvoir israélien, c’est lui qui guidera, avec certaines variantes, la politique de l’Etat sioniste à partir de l’année 1967. La disposition des colonies, le tracé des routes de contournement, réservées aux colons, et la progressive fragmentation de la Cisjordanie sont la mise en application concrète des vues du Général Allon. Les Accords d’Oslo et la division de la Cisjordanie en Zones A, B et C, en sont directement inspirés. Même le Général Sharon, farouche partisan de l’expulsion des Palestiniens, finira par adopter, en le modifiant, le Plan Allon. C’est le sens du « retrait unilatéral » de Gaza en 2005 qui, loin d’être un « geste de paix », est une décision pragmatique d’abandon et d'encerclement d’une zone palestinienne trop densément peuplée. La décision de construire le Mur, si elle fut interprétée à juste titre comme la renonciation à l’annexion de l’ensemble de la Cisjordanie, n’est que l’ultime étape de la mise en pratique du Plan Allon.

Le Mur trace les limites des cantons palestiniens, ces zones trop peuplées pour être administrées par Israël. Tel est « l’Etat palestinien » dont parlent les dirigeants israéliens, pour lesquels il n’a jamais été question d’une quelconque restitution des territoires conquis en 1967. Comment expliquer, sinon, la poursuite de la colonisation à un rythme de plus en plus effréné, malgré le soi-disant « processus de paix » ? Ce sont en effet près de 500 000 colons qui vivent aujourd’hui en Cisjordanie (contre moins de 200 000 au début des années 90), leur nombre croît à un rythme 3 fois supérieur à celui du reste de la population israélienne et ils représenteront bientôt 10% de la population juive d’Israël.

Le Mur de Béton, dont plus de 500 km ont déjà été construits, est l’expression la plus manifeste, 60 ans après la Grande Expulsion et 41 ans après l’occupation de toute la Palestine, de la quatrième dimension de l’oppression israélienne : la négation du droit des Palestiniens à exercer une souveraineté réelle.


Conclusion : Un cinquième Mur, le Mur du Silence ?

Mur de Fer, de Barbelés, de Verre et de Béton : immatériels ou tragiquement réels, ces quatre Murs sont le symbole des diverses dimensions de l’oppression dont est victime le peuple palestinien. Les trois derniers sont ceux qui enferment les trois composantes de la nation palestinienne (Réfugiés, Palestiniens de 1948, Palestiniens des territoires occupés) dans divers statuts de sous-citoyens. Le premier Mur, le Mur de Fer, l’armée israélienne, est le moyen par lequel l’Etat d’Israël a créé et perpétue cette oppression.

J’aurais pu parler d’autres Murs. Notamment de ceux des cellules dans lesquelles croupissent 11 700 prisonniers politiques palestiniens, parmi lesquels des dizaines de députés ou d’anciens députés, des ex-Ministres, un ex-vice-Premier Ministre, l’ex-Président du Conseil Législatif et de nombreux maires et conseillers municipaux. Parmi ces 11 700 prisonniers, plusieurs milliers n’ont pas été jugés. Plusieurs milliers d’autres ont été condamnés par des tribunaux militaires, sans preuve, sur de simples présomptions, ou pour des délits d’intention comme le jeune Franco-Palestinien Salah Hamouri 12.

Mais c’est un autre Mur que j’évoquerai dans cette conclusion. Un Mur qui diffère substantiellement des autres, dans la mesure où ceux qui ont décidé de son édification ne sont pas les dirigeants sionistes ou l’establishment israélien. Ce cinquième Mur, auquel se heurtent quotidiennement, depuis plus de 60 ans, les Palestiniens, est le silence assourdissant de la « Communauté internationale » quant à la négation de leurs droits nationaux.

Un Mur de Silence d’autant plus incompréhensible pour les Palestiniens que c’est cette même « Communauté internationale » qui a régulièrement, notamment à l’ONU, rappelé la nécessaire satisfaction de ces droits. L’ONU a créé par la résolution 181 l’Etat d’Israël et ne l’a accepté en son sein qu’à la condition qu’il se conforme aux autres résolutions, notamment la résolution 194 affirmant le droit au retour des réfugiés. Pour le résultat que l’on constate aujourd’hui.

Ce silence de la « Communauté internationale »  est encore plus frappant quand on le met en parallèle avec les bruyantes déclarations de soutien à Israël, à sa sécurité, et les non moins bruyantes condamnations de la résistance palestinienne, qui contribuent encore un peu plus isoler les Palestiniens et à étouffer leurs revendications.

Malgré cet isolement et malgré les renoncements de nombre de leurs dirigeants, les Palestiniens n’ont pas renoncé à faire valoir leurs droits. Constatant qu’Israël bénéficiait du soutien inconditionnel des dirigeants des plus grandes puissances, ils en appellent chaque jour un peu plus les populations du monde entier à rompre le silence afin d’inverser la logique actuelle, qui, au nom de la « paix », va plutôt dans le sens de la protection d'Israël et de la consolidation, plutôt que de la destrution, des Murs qui les enferment.


Notes

1. Vladimir Jabotinsky, Le Mur de Fer, Nous et les Arabes, 1923. En ligne sur http://www.alterinfo.net/
2. Voir notamment Détruire la Palestine, ou comment terminer la guerre de 48, éditions La Fabrique, Paris, 2002.
3. Uri Avnery, The Army has a State, consultable sur http://www.gush-shalom.org
4. Idem
5. Vladimir Jabotinsky, op. cit.
6. Israel Zengwill, cité par Mahmoud Muharib dans son article Sionisme : transfert et apartheid, consultable en Français sur http://www.palestine-solidarite.org/
7. Cité par Simha Flapan, The Birth of Israel : Myth and Realities, Pantheon Books, New York, 1987.
8. Voir entre autres Benny Morris, The Birth Of The Palestinian Refugee Problem Revisited, Cambridge University Press, 2003, et Ilan Pappe, La guerre de 1948 en Palestine, éditions La Fabrique, Paris, 2000, et Le nettoyage ethnique de la Palestine, Fayard, Paris, 2008.
9. Cité par Jonathan Cook dans Blood and Religion, The Unmasking of the Jewish and Democratic State, Pluto Press, Londres, 2006.
10. Avis de la Cour Internationale de Justice, 9 juillet 2004, consultable sur http://www.france-palestine.org
11. www.stopthewall.org
12. Voir mon article sur Salah Hamouri ici
Par Julien Salingue - Publié dans : Articles d'analyse
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Vendredi 20 juin 2008

Quand des jeunes du Camp de Balata
se rendent sur les terres de leurs grands-parents


Centre Jaffa Le jeudi 19 juin, au Camp de réfugiés de Balata, près de Naplouse, une vingtaine d’adolescents sont revenus, ravis, d’une excursion de 3 jours dans les villes et villages desquels leurs grands-parents ont été expulsés en 1948. L’excursion était organisée par le Centre Culturel Jaffa, en lien avec 2 autres Centres, du Camp de Jénine et du Camp d’Aïda, près de Béthléem.

Ils sont 20, 10 garçons, 10 filles, et ne passent pas inaperçus lorsqu’ils pénètrent dans les locaux du Centre Culturel Jaffa, au Camp de réfugiés de Balata. Cris, pleurs, embrassades… Celles et ceux qui n’ont pas pu venir les harcèlent de questions : « Comment c’était ? » ; « Vous êtes allés où ? » ; « Vous avez vu la mer ? »… tandis que les volontaires du Centre essaient de convaincre la vingtaine de jeunes de se rendre dans la salle de réunion pour un rapide « debriefing » avec Tayseer Nasrallah, l’un des responsables du Jaffa Center.

Tout le monde s’installe et Tayseer prend la parole, rappelant, a posteriori, la philosophie de l’excursion : « Nous organisons ce type d’initiatives pour deux raisons : la première, c’est qu’elle vous a permis de sortir du Camp de réfugiés, de faire connaissance avec d’autres jeunes et de passer un bon moment. La seconde, c’est que vous avez pu voir et toucher la terre de laquelle vos familles ont été chassées, votre terre, et mettre des images sur des noms que vous entendez depuis que vous êtes enfants. Nous savons que vous êtes sûrement très fatigués et que vous avez envie de rejoindre vos familles. C’est probablement pour vous la première fois que vous êtes éloignés d’eux pendant 3 jours… Mais auparavant nous voudrions entendre quelques-uns d’entre vous, garçons et filles, afin de connaître un peu vos impressions ». 

Les adolescents sourient et opinent du chef. Plusieurs d’entre eux prennent ensuite la parole. « Nous avons passé des moments merveilleux même si dès le premier checkpoint, nous avons eu peur car les soldats ne voulaient pas laisser passer le bus… Le premier soir nous n’avons presque pas dormi et le lendemain nous étions tous réveillés à 5 heures du matin car nous voulions aller voir nos villages » explique Sanaa. « C’est beau là-bas… Nous avons même été au bord de la mer, sur la plage. Mais les adultes nous ont demandé de ne pas nous éloigner car ils ne voulaient pas qu’on ait des problèmes », ajoute Ahmad. « Car même si c’est notre terre, les Israéliens disent que ce n’est pas chez nous ».

Taha, une adolescente d’une quinzaine d’années, intervient dans la discussion qui s’engage : « Lorsque je suis arrivée près du village de ma grand-mère, j’ai ressenti beaucoup d’émotions. Mon cœur battait très vite. J’ai senti que j’étais liée à cette terre dont on avait m’a tant parlé. Je me suis sentie chez moi. Mais en même temps je me sentais étrangère. Car cette terre est aujourd’hui occupée ». Elle poursuit : « La nuit d’après j’ai fait un rêve magnifique. J’ai rêvé que j’étais rentrée chez moi. Que j’étais sur ma terre. Que l’occupation était finie. Que le Camp de réfugiés, c’était fini. Quand je me suis réveillée j’étais heureuse. Mais malheureusement j’ai compris que mon rêve était un rêve. Et qu’il était temps de rentrer à Balata ».

Mais elle n’est pas triste pour autant. Elle sourit, comme les autres, et ses yeux pétillent. C’est parce qu’elle sait, dit-elle, qu’ils ont « de la chance » : « Nous avons de la chance d’avoir pu participer à ce voyage. Mes grands-parents n’ont jamais pu revoir leur terre. Nous avons beaucoup pensé aux anciens pendant que nous étions là-bas. Et aussi à tous ceux qui n’ont pas pu venir. Et à nos frères et sœurs des Camps du Liban, de Syrie et de Jordanie, qui ne peuvent pas se rendre sur la terre de Palestine. Nous avons lu des messages en leur nom ».

Alors que la réunion semble toucher à son terme, une jeune fille timide, qui ne dit pas son nom, tient à s’exprimer : « Je veux remercier tous ceux qui ont permis que ce merveilleux voyage ait lieu. J’espère que d’autres adolescents du Camp pourront eux aussi se rendre là-bas. J’ai ressenti tellement de choses… Tout se mélangeait. Voir cette terre, qui est à nous, occupée par d’autres ou tout simplement abandonnée, c’est triste. Mais voir que nous avons autre chose qui nous attend que la vie dans le Camp de réfugiés, ça donne de l’espoir. Alors merci à vous ».

Tayseer Nasrallah prend une dernière fois la parole : « Nous espérons que ce séjour vous a plu. Les volontaires du Centre se chargeront de recueillir vos témoignages, vos impressions, vos critiques, positives ou négatives… Tout ce qui peut contribuer à améliorer les excursions de ce type. Nous espérons que vous aurez compris, grâce à ce voyage, qu’être un réfugié ce n’est pas seulement vivre dans un camp. Etre un réfugié c’est avoir une terre, là-bas, qui est occupée. C’est avoir une histoire et une identité que l’occupation essaie de nous enlever. Tant qu’il y aura des Camps de réfugiés, l’occupation ne sera pas finie et il faudra se battre ».

Avant qu’ils ne quittent la salle de réunion je demande aux adolescents s’ils ont rapporté quelque chose de là-bas. J’ai déjà eu l’occasion de rencontrer des jeunes qui avaient pu se rendre sur les terres de leurs grands-parents. Tous avaient rapporté un souvenir : une pierre, un sachet de terre, une orange ou un rameau d’olivier. Lorsqu’ils entendent ma question, ils sourient et brandissent tous fièrement les colliers de coquillages qu’ils ont confectionnés après s’être rendus à la plage. Des coquillages ramassés au bord de la Méditerranée, qu’ils n’avaient jamais vue.

Dans le Camp de Balata Après le départ des adolescents, Tayseer, un sourire radieux aux lèvres, me confie : « Ce type d’excursions a plus d’effet que la lecture de dizaines de livres ou la participation à des dizaines d’ateliers sur l’histoire et les droits des réfugiés. Nous espérons pouvoir organiser beaucoup d’autres initiatives de ce type. Grâce à elles les enfants voient la terre d’où ils viennent et savent ce qu’est leur véritable identité. Le tout dans un cadre qui les rend tellement heureux. Tu as vu leurs sourires ? ».  

Oui j’ai vu leurs sourires. En observant les visages rayonnants de ces 20 adolescents qui n’ont connu, jusqu’alors, que la vie dans le Camp de Balata, je repense à ce que disait plus tôt l’un des responsables du Centre Culturel Jaffa à deux visiteurs britanniques :

« Le Camp de Balata est le plus grand camp de Cisjordanie. Plus de 25 000 personnes y vivent, dans un espace qui n’excède pas 1km2 et qui avait été conçu à l’origine pour 5 à 6000 réfugiés. Le Camp est surpeuplé, les rues sont minuscules et, dans de nombreuses maisons, la lumière du soleil ne pénètre jamais. D’après les registres des écoles de l’ONU, il y a 6000 enfants de 6 à 15 ans dans ce Camp. C’est énorme… Les familles sont très nombreuses et les habitations très petites, alors les enfants sortent et passent leur temps dans la rue. Ils n’ont rien d’autre à faire…

Comme Balata est un haut lieu de la résistance palestinienne, la répression israélienne est ici considérable. Tous les soirs, toutes les nuits, les soldats entrent dans le camp. C’est comme une drogue pour eux. Ils ont besoin de venir à Balata… Il y a eu 180 martyrs depuis septembre 2000, des centaines de blessés, peut-être plus, et des centaines d’arrestations. Tous les enfants sont marqués. Ils ont un frère, un père, un ami en prison. Ils ont tous vu des cadavres, et même des morceaux de cadavres… Les dégâts psychologiques sont considérables.

C’est en partant de ce constat que le Centre Jaffa a été fondé. Et aussi d’une réalité : la majorité des Palestiniens sont des réfugiés. La défense du droit au retour est donc une tâche prioritaire.

Nous avons donc deux objectifs : permettre aux plus jeunes, même ponctuellement, de s’amuser, d’apprendre à se servir des ordinateurs, de participer à des activités diverses, que ce soit du théâtre, de la danse, des ateliers de journalisme ou de vidéo. Mais dans le même temps nous faisons un travail de fond, en expliquant l’histoire des réfugiés, de la lutte palestinienne, en organisant des formations sur les questions démocratiques, sur la prise de responsabilité…

Il s’agit donc non seulement d’offrir aux jeunes des moments de détente, d’évasion… mais aussi de préparer les générations futures à défendre le mieux possible la cause des réfugiés et l’ensemble des droits du peuple palestinien »


Un programme et des activités qui ne plaisent guère aux autorités d’occupation puisque le fondateur du Centre Jaffa, Hussam Khadr, ancien député du Fatah, purge actuellement une peine de 7 ans de prison en Israël et ne sera pas libéré avant 2010.

Hussam Khadr Hussam, que j’ai eu la chance de rencontrer en 2001 et qui, bien que membre du Fatah, fustigeait alors la direction de l’Autorité Palestinienne qu’il appelait sans ménagement la « Mafia d’Oslo », a toujours mis en garde ceux qui croient pouvoir contourner la revendication du droit au retour des réfugiés :

« Nous ne pouvons pas permettre au nettoyage ethnique de triompher. Nous affirmerons cette position jour et nuit. Nous ne prendrons aucun repos parce que le droit au retour est d'une part, une question de vie ou de mort pour les réfugiés et, d'autre part, la substance même de la cause nationale palestinienne. La cause des réfugiés est la cause palestinienne ».

Hussam aurait probablement été fier et heureux, 10 ans après la fondation du Centre Yaffa, de voir cette vingtaine d’adolescents revenir de leurs terres d’origine des souvenirs et des projets plein la tête. Et il aurait probablement pensé ce que m’a glissé l’un des responsables du Centre alors que les jeunes retournaient dans leurs familles :

« Tous ceux qui croient qu’ils vont pouvoir se débarrasser de nous ont du souci à se faire ».


Par Julien Salingue - Publié dans : Chroniques
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Mardi 17 juin 2008

Pour info :

Une version courte de mon article sur Barack Obama est parue sur rue89.

http://www.rue89.com/2008/06/17/barack-obama-les-droits-d-israel-et-les-devoirs-des-palestiniens
Par Julien Salingue - Publié dans : Infos
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Lundi 16 juin 2008

Spectacle de danse à el-Khader Les Palestiniens ont une irrépressible envie de sortir, de faire la fête et de s’amuser. Tel est le constat, à première vue surprenant et pas forcément très « politique », qui est à la source de cet article.

Lorsque l’on a connu les terribles années 2001-2004 et la réoccupation des villes autonomes et des camps de réfugiés, et lorsque l’on a connu les années 2006-2007 durant lesquelles la crise économique était à son paroxysme, l’existence même de distractions collectives et notamment d’une « vie nocturne » est des plus étonnantes.

Je ne parle pas seulement de ces moments que toutes celles et tous ceux qui ont visité la Palestine ont probablement vécus : des soirées souvent improvisées qui deviennent de véritables repas de fête, organisés à l’occasion de la visite d’amis ou de militants venus de l’étranger. J’évoque aussi et surtout les sorties et les soirées entre Palestiniens, auxquelles « l’étranger » peut être invité mais qui se seraient déroulées sans lui.

Toutes les occasions sont bonnes pour faire la fête : mariages, succès aux examens, commémoration d’une date-clé de l’histoire de la lutte pour l’indépendance… Et de plus en plus, on ne cherche plus de prétexte pour sortir le soir, dans la rue ou dans des lieux où, selon la ville et les mœurs, on boira de la vodka, de la bière ou des jus de fruits, en fumant souvent le narguilé.

On sort pour marcher ou s'asseoir dans la rue et fuir l’atmosphère oppressante du camp de réfugiés surpeuplé, on sort pour aller écouter un concert ou pour voir un spectacle de danse, on sort pour boire de l’alcool à l’abri des regards indiscrets, on sort pour aller voir le match de foot entre amis, dans un café ou au centre culturel du camp… On sort pour sortir. Rien de très exceptionnel, en somme.


La fête… sous occupation

Sauf que l’occupation n’est jamais très loin.

Tout d’abord on ne sort pas partout. On ne sort pas à Hébron, où l’armée israélienne est toujours présente, de jour comme de nuit, pour « protéger » les colons du centre ville. On ne sort pas à Jénine, ville économiquement dévastée dans laquelle la très grande majorité des commerces et « lieux de vie », qui dépendaient de la clientèle constituée par les Palestiniens de 48, n’ont pas rouvert depuis la fermeture de la frontière avec Israël en septembre 2000. On ne sort quasiment pas à Naplouse où l’armée israélienne, qui a théoriquement confié le contrôle de la ville aux « forces de sécurité » palestiniennes, multiplie les incursions nocturnes.

On sort surtout à Ramallah et à Béthléem, respectivement capitale économique et touristique des territoires palestiniens de Cisjordanie, dans lesquelles les incursions israéliennes, si elles n’ont pas cessé, sont à présent ponctuelles et ciblées. Deux villes dans lesquelles, notamment à Ramallah, l’argent est de retour pour une partie de la population. Deux villes dans lesquelles, surtout à Béthléem, la présence d’une importante communauté chrétienne autorise la présence de bars ou de commerces où l’on vend des boissons alcoolisées.

De plus tout le monde ne sort pas dans les mêmes lieux et à la même fréquence. Dans la zone de Béthléem, les réfugiés, frange de la population la plus touchée par l’étranglement économique, ne fréquentent pas, sauf exception, les mêmes lieux que la bourgeoisie chrétienne de Beit Jala et restent le plus souvent à la maison. A Ramallah, les « banlieusards » de Beitunia, dûrement touchés par la chômage endémique qui sévit dans les territoires occupés, ne se rendent que rarement dans les bars du centre ville dont les prix prohibitifs opèrent une implacable sélection sociale et attirent principalement la clientèle étrangère et les plus riches des Palestiniens.

Enfin on ne sort pratiquement que dans « sa » zone autonome, à moins de prévoir de ne pas rentrer. On évite en effet de s’aventurer sur les routes interurbaines après le coucher du soleil. La quasi-fermeture de villes comme Naplouse, Jénine ou Qalqilya, les nombreux checkpoints fixes ou volants et les fréquentes attaques de colons dissuadent quiconque de tenter de périlleuses aventures une fois la nuit tombée. La grande majorité des Palestiniens est donc exclue, de fait, de cette vie nocturne, notamment ceux qui habitent les camps et les villages distants des principales villes.  

Cette réalité existe néanmoins, et elle est significative à plus d’un titre. Elle est un révélateur (au sens photographique du terme) des contradictions du quotidien d’une population qui tente de sortir la tête de l’eau malgré la persistance de l’occupation.

Cette envie de s’amuser et de faire la fête est évidemment l’expression d’une volonté d’oublier, l’espace d’un instant, les difficultés de la vie quotidienne. Elle est aussi l’incarnation d’une aspiration à se réapproprier des espaces et des moments qui ont été pendant ces dernières années confisqués par l’armée d’occupation. Le premier de ces espaces est la rue, que de nombreux jeunes investissent, le soir, sans nécessairement avoir grand chose à y faire...

Au cours des années 2001-2004, les couvre-feux interdisaient souvent toute forme d’activité sociale, y compris durant la journée. Lorsque ce n’était pas le cas, la tombée de la nuit signifiait néanmoins la fin de toute activité sociale en-dehors du domicile. Lors des trois dernières années, ces activités ont repris, de manière très partielle, chaotique et intermittente, au fur et à mesure de l’allègement de l’occupation directe et permanente des villes autonomes.


Par-delà l’espace et le temps ?

Au-delà de ce besoin d’oubli et de réappropriation, cette volonté manifeste de sortir et de faire la fête est à bien des égards révélatrice des dégâts occasionnés par la vie sous occupation militaire : une vie dans laquelle les rapports à l’espace et au temps sont totalement déstructurés.

L’horizon spatial est en effet borné par les drastiques limitations de la circulation à l’intérieur des territoires de Cisjordanie. Depuis 8 ans, pour la plupart des Palestiniens, le lieu de vie quasi-exclusif est la zone autonome de résidence, soit quelques dizaines de kilomètres carrés encerclés par des checkpoints israéliens. Pour des raisons financières et administratives, les voyages vers l’étranger sont réservés à une petite minorité. Alors on « voyage » autrement, en usant et en abusant de la télévision, du téléphone et, chez les jeunes, des logiciels de messagerie par internet.

Le rapport au temps, tout aussi problématique, résulte de la combinaison de deux phénomènes : l’aléatoire du quotidien de l’occupation et le souvenir des années 2001-2004. Un quotidien aléatoire, au cours duquel on ne sait jamais si la route sera ouverte, si l’on passera 5 minutes ou deux heures au barrage, ou si la réponse de l’administration civile israélienne quant à telle ou telle requête arrivera dans 24 heures ou dans 2 ans. Le souvenir des années 2001-2004, c’est la mémoire que chacun a d’une période très récente pendant laquelle les couvre-feux étaient quotidiens, les déplacements impossibles et la mort à tous les coins de rue. D’où un rapport au temps qui se caractérise par une grande instabilité, une grande précarité et une difficulté extrême à se projeter dans l’avenir.

Quelle relation entre ce rapport au temps et à l’espace et l’envie de sortir et de faire la fête ?

Les sorties sont l’occasion de déplacements, pas forcément très longs mais souvent remplis de détours divers, pas toujours utiles, au cours desquels on peut avoir la sensation, ou plutôt l’illusion, de se déplacer librement et de se rendre « ailleurs », dans d’autres lieux que ceux de son quotidien. On se rend « autre part » qu’au domicile ou sur le lieu de travail, parfois il s’agit juste de marcher quelques dizaines de minutes dans les rues ou de rouler quelques kilomètres en voiture, mais l’essentiel est là : on se déplace, on voit « autre chose », et quand cet « autre chose » finit par lui aussi faire partie du quotidien, on change de destination ou, plus simplement, de trajet.

Le rapport au temps imprègne en permanence les fêtes, sorties et autres « soirées » : il s’agit en effet tout autant d’oublier les années passées et de rattraper le temps perdu, notamment pour une génération qui n’a jamais réellement pu « sortir », que de profiter au maximum d’un moment de répit, car chacun sait ici que l’accalmie relative ne va probablement pas durer. Les sorties et soirées sont donc au carrefour de deux moments d’une vie chaotique. Elles sont un trait d’union entre un passé douloureux et un avenir incertain. Elles ont dès lors à première vue, dans la mesure où l’occupation n’a pas cessé mais a seulement provisoirement changé de forme, un aspect souvent surréaliste pour l'observateur étranger.

Un café à Ramallah Surréaliste, l’animation dans les rues de Ramallah le soir, lorsque l’on a connu cette ville il y a quelques années, parfois déserte en pleine journée. Surréaliste aussi, ce spectacle de danse, dans le village d’el-Khader, à quelques centaines de mètres des terres confisquées pour la construction du Mur. Surréaliste également, ce concert à l’Université de Béthléem, quand depuis les gradins on aperçoit à quelques kilomètres la monstrueuse colonie d’Har Homa, bâtie en lieu et place d’une forêt, et dans laquelle Israël compte faire construire de nouveaux logements. Surréalistes enfin, ces fous rires dans des bars de Ramallah, de Jénine ou de Beit Sahour, à propos d’histoires de checkpoints, de blessures ou d’arrestations, qui sur le moment n’ont pas dû faire rire grand monde, et qui pourront se reproduire dès le lendemain matin sur le chemin de la Fac.  

Une fois que l'on s'est défait de ce sentiment d'étrangeté, on ne peut évidemment que se réjouir de voir qu’une partie de la population palestinienne a de nouveau la possibilité de sortir, de s'amuser et de s’évader de la réalité brutale de l’occupation militaire. Ces festivités à quelques kilomètres des colonies en construction et à quelques centaines de mètres de l'armée israélienne sont, en un sens, une démonstration de force : la démonstration de la capacité à ne pas sombrer dans le désespoir, qui indique que l’aspiration à mener une existence normale est plus que jamais présente chez les Palestiniens et que la résignation ne l'a pas encore emporté. Malgré la persistance de l'occupation, la vie continue et essaie, par tous les moyens, de trouver son chemin.

Mais la démonstration de force n'est-elle pas dans le même temps un aveu de faiblesse ? D'aucuns pourront en effet interpréter cette aspiration à s'amuser et à faire la fête comme une acceptation de la situation d'occupation et comme un renconcement à la lutte. Mais rien n'est moins sûr, car personne ici n'est prêt à tolérer l'occupation sur le long terme. Reste à savoir quand et comment le combat reprendra...

En outre, en dépit d'une insouciance manifeste, chacun a ici conscience du caractère fragile, précaire et souvent illusoire de ces moments de liberté, de joie et de fête qui demeurent, en dernière instance, déterminés et façonnés par la politique des autorités d’occupation. Lesquelles pourront, comme elles l'ont fait il y a quelques années, y mettre un terme quand elles le souhaiteront.

*****

J’entends par ma fenêtre les exclamations des supporters de l’équipe de football locale... Aller au match, encore une distraction qui n’existait plus il y a quelques années. Même si leurs cris ne sont pas des plus mélodieux, je ne peux m’empêcher de sourire et de me dire « Enfin ! ». Mais comme beaucoup, je m’interroge : « Jusqu’à quand ? ».


Par Julien Salingue - Publié dans : Articles divers
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Jeudi 12 juin 2008

Notes sur le discours de Barack Obama
devant l'American Israeli Public Affairs Commitee


« Time for change ». Tel a été le slogan martelé par Barack Obama durant les primaires du Parti Démocrate. Et pourtant… Quelques heures après l’annonce officielle de sa victoire face à Hillary Clinton, Obama prononçait un discours remarqué lors de la Conférence annuelle de l’American Israel Public Affairs Committee (AIPAC), le plus puissant des lobbys pro-Israël aux Etats-Unis. Un examen de ce discours montre que si Obama adopte une posture de « rupture » par rapport à l’Administration Bush quant à la politique états-unienne au Moyen-Orient, prônant ainsi le désengagement progressif du bourbier irakien, de remarquables éléments de continuité se dégagent, notamment en ce qui concerne la question palestinienne.

Il ne s’agira pas ici de mener une analyse exhaustive des propos d’Obama et d’en tirer des conclusions définitives quant à sa vision de la politique étrangère états-unienne. L’adresse à l’AIPAC d’un candidat en campagne, et donc en quête d’électeurs, ne suffit pas à résumer son projet. Je me contenterai donc ici de tenter de synthétiser et de commenter les éléments du discours qui ont directement trait à la question palestinienne et de montrer que, loin de se démarquer des positions politiques de l’actuel Président, Obama les rejoint et, dans une certaine mesure, va même encore plus loin dans un soutien inconditionnel à Israël, au détriment des revendications nationales des Palestiniens.



Génocide juif "donc" Etat d’Israël

Dans la première partie de son discours, Obama explique les raisons qui expliquent qu’il se pose en « véritable ami d’Israël ». Elles sont liées à son rapport personnel au génocide juif. Son grand-père et son grand-oncle ont combattu, en Europe, durant la Deuxième Guerre Mondiale. Son grand-oncle « faisait partie de la 89ème Division d’Infanterie, les premiers soldats américains à être parvenus dans un camp de concentration nazi ». Un grand-oncle qui, on le comprendra aisément, est revenu d’Europe « en état de choc ».

A cette expérience familiale s’est ajoutée une visite d’Obama au mémorial du génocide à Jérusalem, Yad Vashem, au cours de laquelle il a pu voir « des photos qui ne s’effacent jamais de votre mémoire ». Quiconque a eu l’occasion de voir les photos auxquelles il fait référence ou de visiter les camps d’extermination partagera l’appréciation du candidat Obama.

Mais les conclusions qu'en tire Obama et la suite de son propos sont nettement plus contestables : « J’ai appris l’horreur de l’Holocauste, et la terrible urgence que celui-ci a conféré à la nécessité d’effectuer le voyage de retour chez vous, en Israël ». Sans détour, le sénateur de l’Illinois justifie le projet sioniste et la création de l’Etat d’Israël au nom des horreurs perpétrées par les Nazis et rappelle que « ce n’est que quelques années après la libération des camps que David Ben Gourion proclama la fondation de l’Etat juif d’Israël ».

S’il est vrai que l’Etat d’Israël a été officiellement fondé en 1948, il est historiquement faux et intellectuellement malhonnête de justifier le projet sioniste au nom du génocide.

Historiquement faux car le projet d’établir un Etat juif en Palestine remonte à la fin du 19ème siècle ; car la déclaration Balfour, affirmant le soutien de la Grande-Bretagne à l’entreprise sioniste, date de 1917 ; car la première révolte des arabes palestiniens contre la colonisation a eu lieu en 1936. Obama semble pourtant le savoir puisqu’il affirme que « la fondation d’Israël était juste et nécessaire, enracinée qu’elle était dans des siècles de lutte et des décennies de travail patient ». Un candidat qui n’est pas à une contradiction près, donc.

Intellectuellement malhonnête car la présentation de la fondation de l’Etat d’Israël comme la conséquence logique du génocide ouvre la porte à tous les amalgames et interdit notamment à quiconque de remettre en question la légitimité de l’établissement d’un Etat juif dans un territoire majoritairement peuplé de non-juifs sous peine d’être accusé de négationnisme. Obama va même plus loin en mettant sur un même plan, lorsqu’il évoque son intransigeance envers tout ce qui touche à la « sécurité d’Israël », son refus de toute concession « alors qu’il y a encore des voix qui osent nier l’Holocauste » et « [alors] que des roquettes s’abattent sur Sdérot ». Chacun comprendra que l’amalgame entre les négationnistes et les tireurs de roquettes n’est pas seulement malhonnête, mais dangereux.

La manœuvre est classique et l’argumentaire est connu. Il est néanmoins significatif qu’Obama les reprenne à son compte et en fasse la première partie de son discours, celle qui pose le cadre du reste de son propos quant à ses projets concernant le Moyen-Orient. Il ne s’agit pas seulement de satisfaire une audience en vue d’obtenir de précieuses voix. C’est un positionnement idéologique qui permet de justifier implicitement la politique israélienne et les souffrances subies par les Palestiniens au nom d’un crime que ces derniers n’ont pas commis.


Les droits des uns et les devoirs des autres

Obama revendique une continuité entre son positionnement vis-à-vis d’Israël et celui du Président Bush tout en affirmant, comme on le verra, qu’il n’en tire pas les mêmes conclusions pratiques : « Je suis depuis longtemps fier d’être partie prenante d’un consensus puissant et bipartisan qui se tient aux côtés d’Israël face à toutes les menaces. C’est un engagement que nous partageons l’un comme l’autre, John McCain et moi, parce que le soutien à Israël, dans ce pays, transcende les partis ».

Illustration sémantique de cette continuité et de cet indéfectible soutien, Obama fait référence à 20 reprises à la « sécurité d’Israël » et à 11 reprises au « terrorisme » ou aux « terroristes » qui la menacent. Et c’est précisément autour de ces thèmes que porte sa critique de l’administration républicaine : il dénonce en effet « l’idée trompeuse et fallacieuse selon laquelle la politique étrangère américaine, ces dernières années, aurait rendu Israël plus sûr ». Au contraire, l’environnement dans lequel évolue l’Etat d’Israël est devenu de plus en plus hostile, notamment en raison de la conduite de la guerre en Iraq qui est une erreur, selon le candidat démocrate, car elle a contribué à déstabiliser la région et à renforcer le terrorisme. Mais pas parce que, feront remarquer certains, des centaines de milliers d’Irakiens et des milliers de soldats états-unien sont morts…

Les positions d’Obama quant à la situation irakienne sont connues : il s’était opposé à l’expédition militaire et prône aujourd’hui un retrait progressif des troupes US, à mesure que la situation se stabilisera. On connaît moins sa vision du règlement du « conflit israélo-palestinien ». Il rappelle son objectif : « deux Etats, un Etat juif d’Israël et un Etat palestinien, vivant côte à côte en paix et dans la sécurité ». Ce en quoi il ne se distingue nullement de Bush. Son désaccord semble être ailleurs : « Je me suis opposé à la tenue d’élections, en 2006, dans lesquelles le Hamas était candidat. Mais l’administration actuelle a précipité les choses, et le résultat, c’est que Gaza est contrôlée aujourd’hui par le Hamas, et que des roquettes pleuvent sur Israël ».

Obama, qui n’est décidemment pas à une contradiction près puisqu’il avait souligné quelques instants plus tôt qu’on ne pouvait blâmer Israël, « la seule démocratie du Moyen-Orient », rappelle avec fierté (et sous les applaudissements) qu’il s’était élevé contre la tenue d’élections démocratiques, en janvier 2006, dans les territoires palestiniens. On est en droit de s’interroger sur les principes qui gouvernent un homme politique qui considère que lorsque des adversaires sont en passe de gagner des élections, celles-ci ne doivent pas se tenir.

Il poursuit, sur un ton qui, au passage, flirte allègrement avec le paternalisme, en expliquant que « le peuple palestinien doit (« must ») comprendre que le progrès ne sera amené ni par de faux prophètes, ni par l’extrémisme, ni par le détournement de l’aide étrangère » (souligné par moi).

Ces « devoirs » du peuple palestinien font écho aux « droits » d’Israël. Les deux seules mentions du terme « droit » (« right »), dans l’ensemble du discours, se rapportent en effet au « droit à l’existence » et au « droit à la sécurité » d’Israël.

La « Sacro-sainte sécurité d’Israël » (selon ses propres termes) est l’élément surdéterminant de la vision du Sénateur de l’Illinois. Corollaire logique : les Palestiniens n’ont pas « droit à un Etat » mais « besoin d’un Etat » (« Palestinians need a State »). Ce n’est en effet pas parce que les Palestiniens ont de droits nationaux qu’Obama défend l’idée de « deux Etats vivant côte à côte » mais parce que, pour Israël, « une réelle sécurité ne peut découler que d’une paix durable », qui passe par la création d’un Etat palestinien…

C’est à la lumière de ces éléments que l’on peut comprendre le sens d’une phrase à première vue obscure, dans laquelle les Palestiniens sont absents du règlement d’une question qui les concerne pourtant au plus haut point : « Quand je serai président, j’oeuvrerai à aider Israël à réaliser l’objectif des deux Etats ».

Deux Etats pour Israël, et non pas un Etat pour les Palestiniens.


Barack Obama : un « meilleur ami », pour Israël, que Georges Bush ?

C’est en tout cas ce que certains commentateurs et de nombreux Palestiniens des territoires occupés ont retenu du discours devant l’AIPAC. Un examen de ses propositions concrètes semble en effet aller en ce sens, ou tout du moins indiquer que le Sénateur Obama entend reprendre, en les durcissant, les positions de l’actuel Président.

Dans la droite ligne de Georges Bush, le candidat démocrate entend tout d’abord renforcer la coopération militaire entre les Etats-Unis et Israël : il promet 30 milliards de dollars d’aides directes pour le seul domaine de la sécurité durant les 10 prochaines années. Il s’agit de « garantir l’avantage militaire qualitatif pour Israël [et de] faire en sorte qu’Israël puisse se défendre contre n’importe quelle menace – venue depuis Gaza jusqu’à Téhéran » (souligné par moi).

Mais Obama ne s’arrête pas en chemin et propose d’aller plus loin que ce qui a été fait par l’Administration Républicaine : « Par la suite, nous pourrons renforcer notre coopération en matière de missiles de défense. Nous devrions exporter de l’équipement militaire vers Israël, qui est notre allié, dans les mêmes conditions que pour tous les pays de l’Otan ». Israël demeurera donc un partenaire « pas comme les autres », ce statut particulier devra être renforcé et, dans une formule qui pourra en étonner plus d’un, Obama reprend à son compte l’idée qu’Israël est un Etat qui a plus de droits que les autres, un Etat au-dessus des institutions internationales : « Je m’élèverai toujours pour soutenir le droit d’Israël à se défendre à l’ONU et dans le monde entier ».

En ce qui concerne les « négociations », Obama encourage Israël et les Palestiniens à faire des « efforts » : Israël devra « adopter les mesures appropriées – en cohérence avec sa sécurité – afin d’améliorer la liberté de déplacement des Palestiniens et la situation économique en Cisjordanie, et s’abstenir de construire de nouvelles colonies ». Rien de très exigeant, en somme : pas un mot sur le blocus de Gaza, des « mesures appropriées » à la discrétion d’Israël, sans citer nommément le problème des 600 checkpoints qui fragmentent et étouffent la Cisjordanie, et une tolérance explicite vis-à-vis de la « croissance naturelle » des colonies déjà existantes puisqu’il s’agit seulement de ne pas en construire de nouvelles.

Les « efforts » demandés aux Palestiniens et aux autres « partenaires arabes » sont d’un tout autre ordre : le Hamas, s’il veut être associé aux négociations, sans garantie sur leur contenu, doit « renoncer au terrorisme (…), reconnaître le droit d’Israël à exister et (…) respecter les engagements signés ». Engagements qu’Israël ne respecte pas depuis le jour de leur signature en poursuivant la colonisation. Une colonisation qui à l’image de la politique israélienne, remet en cause chaque jour un peu plus le « droit à l’existence » d’un hypothétique Etat palestinien.

Pendant que les Etats-Unis exporteront davantage de matériel militaire en Israël, l’Egypte devra empêcher les armes d’entrer dans la Bande de Gaza. Enfin l’ensemble des gouvernements arabes devront « prendre des mesures de normalisation de leurs relations avec Israël ». Vous avez dit "deux poids, deux mesures" ?

En ce qui concerne plus directement les « deux Etats », la plupart des propositions d’Obama sont les mêmes que celles de Georges Bush puisqu’elles sont quasi-identiques au contenu de la « feuille de route ». Il ne fait  aucune référence aux résolutions de l’ONU, ne mentionne pas l’existence de « territoires occupés » et ne parle évidemment pas des réfugiés. Il évoque seulement la nécessité de l’établissement d’un « Etat [palestinien] qui soit contigu et cohérent », des attributs pour le moins flous et aucune précision sur les frontières, que ce soit leur tracé ou leur nature...

En revanche pour Israël les choses sont beaucoup plus claires :  « Tout accord conclu avec le peuple palestinien devra préserver l’identité juive de l’Etat d’Israël, avec des frontières sures, reconnues et défendables ». La mention de « l’identité juive de l’Etat d’Israël » a deux implications majeures, que tout le monde a comprises à l’AIPAC et en Israël : les Palestiniens de 48, qui revendiquent que l’Etat juif soit « un Etat de tous ses citoyens », continueront d’être discriminés. Et les réfugiés, qui composent la majorité du peuple palestinien, demeureront des réfugiés.

Enfin, concernant Jérusalem, Obama franchit un nouveau pas en affirmant que « Jérusalem restera la capitale d’Israël, et [qu’elle] elle devra rester indivisée ». Le candidat démocrate reconnaît donc très officiellement Jérusalem comme capitale de l’Etat d’Israël, à l’encontre de toutes les résolutions de l’ONU, et exclut tout partage futur de la souveraineté sur la ville. Il s’agit pourtant, comme le droit au retour, d’une des revendications majeures et « historiques » des Palestiniens. Même Mahmoud Abbas, pourtant peu enclin à protester contre l’establishment états-unien, s’est élevé contre les propositions d’Obama concernant Jérusalem. Ce dernier a tenté de corriger son propos quelques jours après son discours à l’AIPAC, sans pour autant évoquer une quelconque souveraineté palestinienne sur Jérusalem, y compris sur ce qui reste de « Jérusalem-Est ». Et donc sans convaincre qui que ce soit, à part le gouvernement israélien.


Conclusion : "Time for change", disait-il...

Le discours d’Obama établit une continuité entre le génocide juif et les futures « frontières » de « l’Etat palestinien ». La sécurité de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif, présenté comme la réponse naturelle à la barbarie nazie, est au-dessus de tout : au-dessus de l’honnêteté intellectuelle, au-dessus du droit international, au-dessus des institutions internationales, au-dessus de l’idée d’égalité, d’équité ou de justice et surtout au-dessus des droits nationaux d’un peuple qui n’a pourtant cessé de les revendiquer depuis 60 ans. Quant à ceux qui contestent le caractère sacré de la sécurité d’Israël, ils sont indirectement assimilés à des négationnistes.

Si Obama suggère une « solution » pour les Palestiniens, c’est seulement dans la mesure où celle-ci peut renforcer Israël. Ce n’est pas par attachement au droit à l’auto-détermination des peuples qu’il propose de créer l’entité palestinienne appellée « Etat ». C’est par pur pragmatisme et dans le seul but de garantir la sécurité du meilleur allié des Etats-Unis dans une région présentant des enjeux géostratégiques majeurs.

Obama ne rompt pas avec la logique de Georges Bush mais la renforce, même s’il n’adopte pas, comme ce dernier, une rhétorique de guerre de civilisation, voire une imagerie messianique comme lors de son discours à la Knesset à l’occasion des 60 ans d’Israël. Mais les conséquences pratiques sont les mêmes : en subordonnant tout règlement de la question palestinienne à la sécurité d’Israël, Obama s’oppose frontalement aux droit fondamentaux et aux revendications des Palestiniens.

Quiconque a passé quelques heures dans les territoires palestiniens sait en effet ce que signifie le terme « sécurité d’Israël ». C’est en son nom qu’Israël a occupé la Cisjordanie et Gaza en 1967, que les Palestiniens ne peuvent toujours pas aujourd’hui circuler librement en raison des 600 barrages qui fragmentent la Cisjordanie, que des assassinats extra-judiciaires sont commis, que, dans la Bande de Gaza assiégée, 1.5 millions de Palestiniens meurent lentement, que le Mur a été construit, que des couples mariés sont séparés car l’un des deux réside à Jérusalem-Est, que l'économie palestinienne ne peut se développer ou que près de 12 000 prisonniers politiques palestiniens sont enfermés en Israël.

Les habitants des territoires occupés et les réfugiés de l’extérieur ont donc toutes les raisons d’envisager leur avenir avec inquiétude. Le discours devant l’AIPAC, même s’il ne doit pas être considéré comme "le" projet d’Obama pour le Moyen-Orient, indique néanmoins qu’il n’entend pas exercer de pression sur Israël pour que les droits nationaux des Palestiniens soient satisfaits. Il s’agit plutôt d’exercer des pressions sur les Palestiniens pour qu’ils satisfassent au « droit à la sécurité » d’Israël. Malgré l’hypothèse du retrait progressif des troupes d’Iraq, chacun sait ici que dès lors, dans la mesure où la question palestinienne ne sera pas réglée (et sans même mentionner les menaces à peine voilées d'Obama contre l'Iran...), le Moyen-Orient demeurera un foyer d’explosion majeure et qu’aucune « stabilité » ne pourra être atteinte, sans même parler de justice, si Barack Obama devient le 44ème Président des Etats-Unis.  


NB : traductions d'après la version française de M. Charbonnier.

Intégrale du discours d'Obama en français sur :
http://www.ism-france.org/news/article.php?id=9165&type=analyse&lesujet=Sionisme
Intégrale du discours d'Obama en anglais sur :
http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2008/06/04/AR2008060401325_pf.html


Par Julien Salingue - Publié dans : Articles divers
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Salomon


"Apportez-moi une épée", ordonna le roi ; et on apporta l'épée devant le roi,  qui dit : "Partagez l'enfant vivant en deux et donnez la moitié à l'une et la moitié à l'autre." Alors la femme dont le fils était vivant s'adressa au roi, car sa pitié s'était enflammée pour son fils, et elle dit : "S'il te plaît, Monseigneur ! Qu'on lui donne l'enfant vivant, qu'on ne le tue pas !" mais celle-là disait : "Il ne sera ni à moi ni à toi, partagez !" Alors le roi prit la parole et dit : "Donnez l'enfant vivant à la première, ne le tuez pas. C'est elle la mère." Tout Israël apprit le jugement qu'avait rendu le roi, et ils révérèrent le roi car ils virent qu'il y avait en lui une sagesse divine pour rendre la justice.

Premier Livre des Rois, 3, 24-28.

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  • : Doctorant en science politique et enseignant à l'Université Paris 8, j'ai créé ce blog à l'occasion de ma présence dans les territoires palestiniens d'Avril à Juillet 2008 (10ème séjour depuis 2001).
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